Ma posture d'écrivaine

Je sens le besoin de me rapprocher de moi, de mon essence. De ralentir le rythme pour mieux écouter la mouvance intérieure, reculer d’un pas et m’observer, observer les pensées, les sentiments qui m’envahissent. Être à l’affût du moindre changement vibratoire et de ce qui l’a causé. Revenir au centre, ne pas se perdre, mais accepter de s’être perdue, puis revenir, humblement, se retrouver.

 

Quand on écrit, on est deux. Il y a cette partie qui écrit et l’autre qui regarde l’être s’écrire. Quelle est donc cette posture?

 

Je sens le besoin de trouver mon langage, d’écouter ce qui bouge en moi, accueillir, accepter, écrire. Trouver ma posture d’écrivaine. Même quand je suis fatiguée, le corps meurtri d’anciennes blessures, le sommeil entrecoupé de plages d’insomnie, le regard rivé vers l’extérieur, cette ancienne posture qui m’a protégée pendant de nombreuses années. Celle-là, elle ne me sert plus désormais.

 

J’entre en moi, malgré les vieilles souffrances, malgré les orages et la violence des vents. Écrire, toujours, un mot à la fois. Suivre le courant, s’émerveiller de la découverte, être disponible à ce qui vient, s’abandonner, totalement, devenir un pur véhicule de ce qui veut se dire, de ce qui veut naître, être témoin de la naissance, accepter les failles du nouveau-né, accueillir la beauté et la laideur, les imprécisions, le vague, le flou, errer dans la mouvance du mot non-dit, s’écrire, s’éveiller, s’aimer, aimer… 

 

Ne pas juger, oh non!, ne pas juger, ne pas critiquer, ne pas dénigrer, ne pas regarder de haut. Être humble devant ce qui veut naître par les mots. Nous ne sommes pas les maîtres de ce qui veut se dire, nous en sommes les serviteurs. Des canaux permettant à ce qui est de vivre dans ce monde par les mots qui jaillissent du bout de nos doigts. Abandon. Et cette posture que je décris, elle n’est pas acquise, je dois me faire violence pour la vivre au quotidien, car mon regard qui tue, celui-là même qui est à l’origine de ma souffrance, ne veut en aucun cas libérer sa place. Sortir, donc, de cette zone de confort inconfortable pour tomber dans l’attitude de l’être qui écrit, qui s’écrit, qui se courbe devant la grandeur, qui s’y abandonne.

 

 

Servir. Vivre. Respirer.   

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ACCEPTATION

« Après tout, la meilleure chose qu’une personne puisse faire lorsqu’il pleut, c’est de laisser la pluie tomber. »

HENRY WADSWORTH LONGFELLOW

 

           

Il y a quelques années, j'ai donné des ateliers d'écriture. Et je proposais aux participants des livres sur la création littéraire. L'un d'entre eux est Writing Begins with the Breath de Laraine Herring. 

Le texte que vous allez lire est une traduction libre du chapitre 6 « Acceptance » de ce livre, publié par Shambhala Publication Inc, en 2007. L'extrait est tiré des P. 47 à 52.

   

           Vous souvenez-vous de la vieille chanson country, « Some Days are Diamonds, Some Days are Stones »? En surface, ce titre semble vous dire que certaines journées sont meilleures que d’autres, ce qui, nous le savons tous, est la vérité. Mais cela veut aussi dire que ni une bonne journée ni une mauvaise journée ne se prolongent. Chaque jour est différent. Chaque jour est un changement. Il en est de même avec vous, aussi.

 

      L’acceptation de vous-même est une partie de votre fondation en tant qu’écrivain et en tant qu’être humain. Je sais, cela sonne comme une banale recette New Age, mais restez avec moi une minute. Être capable de vous regarder avec une honnêteté à toute épreuve, et un petit sourire, vous donnera quelque chose de réel sur quoi travailler. Par contre, vous construire au-delà de vos capacités ou bien vous démolir ne vous servira pas. Les humains sont parfaitement imparfaits. Si vous ne pouvez honnêtement reconnaître les aspects sur lesquels vous devez travailler, alors vous ne ferez aucun progrès; inversement, si vous ne reconnaissez pas honnêtement vos forces, vous perdrez votre temps en travaillant sur ce qui est déjà fort.

 

            Certains d’entre nous ont été élevés avec l’idée que c’est impoli ou bien honteux de se vanter, et confondent la reconnaissance de leurs forces avec la vantardise. La vantardise est ce qui arrive quand vous démolissez les autres pour vous surélever. Se maintenir droit et fort dans la vérité de ce que vous êtes n’est pas de la vantardise; c’est de l’honnêteté. Certains d’entre nous sont incapables de reconnaître en quoi ils excellent. Quand on leur fait un compliment, ils rougissent, détournent et attirent l’attention sur un énorme défaut de leur personne.

 

 

            « Ce chandail te va à merveille. », leur dit un ami.

            « Oh, ça ? Je l’ai eu pour pas grand-chose. C’est une vieillerie. »

 

 

            Acceptez de recevoir des compliments. Prodiguez-vous-en. Cela aide aussi d’en faire aux autres. Croyez que vous êtes digne de votre vie et que vous pouvez apporter une contribution positive à ce monde.

 

            Quand vous vous percevez d’une façon réaliste, il en est ainsi avec votre écriture. Si nous pensons être parfaits, nous serons sourds à la critique constructive sur notre poésie. Si nous pensons que tout ce que nous faisons est un désastre, nous serons incapables de voir la beauté cachée dans nos vers. L’écriture est un art qui requiert du travail. L’entraînement d’un écrivain est l’apprentissage d’une vie. Si je crois connaître toute chose à connaître, cette arrogance se traduira sur la page, et je serai incapable d’atteindre cet espace où mon travail communique efficacement. Si je crois que je ne connais et ne connaîtrai rien, le même résultat se produira.

 

 

            Une partie de l’acceptation de vous-mêmes est d’accepter que vous êtes écrivain. Quand l’écrivain de mémoire, Mark Spragg, est venu parler à l’une de mes classes, il a dit aux élèves qu’il vivait la vie qu’il pensait que les écrivains vivaient. En lisant les jaquettes de livres de ses auteurs préférés, il constatait que ceux-ci étaient soient fermiers, exploreurs ou ermite. Ils ne remerciaient pas leur programme MFA ou leur colonie d’artistes pour le temps, l’espace et l’inspiration qu’ils avaient reçus. Ils vivaient juste leur vie et écrivaient sur eux-mêmes parce qu’ils se sentaient poussés à le faire. Spragg voulait ainsi nous montrer que nous avons besoin davantage de vivre et de penser moins à être un écrivain. Vous êtes un écrivain ou vous ne l’êtes pas. Ne gaspillez pas votre effort à trop y songer.

 

            Être un écrivain est une façon de voir le monde. C’est une façon d’intégrer les informations avec lesquelles nous rentrons en contact tous les jours. Si vous êtes un écrivain, vous pouvez ne plus l’être au même titre que vous pouvez ne plus respirer. Lorsque vous essayez de ne pas être l’écrivain que vous êtes, parce que c’est trop dérangeant, ou vous êtes trop effrayés, ou vous ne vous trouvez pas assez bons, vous verrez cette répression de votre authenticité remonter à la surface dans les autres secteurs de votre vie. Peut-être vous adonnerez-vous à autre chose. Peut-être vous retrouverez-vous amers et frustrés. Vous pourriez même blâmer vos relations personnelles à cause de votre manque d’accomplissement. Tout le monde a une raison différente pour se séparer de son cadeau. Mais tôt ou tard, le cadeau demande à être entendu. Mieux est-il pour vous et le reste du monde de cultiver cette relation maintenant. Tenez l’écriture près de votre cœur, que vous écriviez un journal, un essai ou un mémoire pour vos petits enfants. C’est une part de l'être que vous êtes, et cela demande le même oxygène que n’importe quel autre être vivant. Quand vous le nourrissez, il vous nourrit. Quand vous cessez de le nourrir, il vous draine par des voies les plus inattendues. Maintenez l’écriture dans votre vie avec l’intimité et la régularité du brossage de vos dents. Reconnaissez-la comme une partie de qui vous êtes, et non de ce que vous faites. C’est une façon d’être. Absolument rien de moins ne satisfera l’un ou l’autre de vous.

 

            C’est difficile de se voir avec précision, aussi dur est-il de voir son propre travail avec exactitude. C’est pourquoi les écrivains ont des groupes ou des collègues qui lisent leur texte. Ils savent qu’ils ne peuvent tout voir et veulent une évaluation honnête. Plus longtemps vous pratiquez votre métier, plus votre regard sur vos écrits deviendra objectif. Vous serez meilleur avec le temps. L’objectivité est un outil essentiel lors de l’étape de la révision et de l’analyse. Vous ne pourrez le faire à moins de vous distancer de votre travail et de le voir de façon objective et honnête.

 

            Chaque jour où vous vous assoyez pour écrire est différent de la journée d’avant. Vous êtes une personne différente de celle que vous étiez la veille. Différentes gâchettes ont été pressées. Différents souvenirs flottent autour de vous. Différentes sensations se trouvent dans votre corps. Lorsque l’écriture se porte bien, remarquez, souriez doucement, et continuez. Lorsque l’écriture ne se porte pas aussi bien, remarquez, souriez doucement, et continuez.

 

 

            Se battre crée de la résistance et des tensions dans votre corps et vos pensées. Si l’écriture n’avance pas aussi bien que vous le voulez, et que vous commencez à tempêter, à tendre votre mâchoire et vos épaules, à respirer plus vite, vous donnez de l’énergie au combat, et vous garantissez ainsi le blocage de votre travail parce que toute votre attention se focalise sur cela au lieu de l’impermanence de cette journée d’écriture particulière. Imaginez le lendemain autrement, et il sera différent. Décidez que vous avez un blocage et que vous ne voulez plus jouer, et vous aurez sûrement ce blocage et vous ne deviendrez pas un écrivain et vous aurez donné tout le pouvoir à l’impermanence du moment de cette journée. Ne faites pas ça.

 

            Je sais, c’est tentant. Dans les biographies d’écrivains ou dans les autres livres sur la vie d’écrivains, le besoin de garder son derrière sur la chaise est souvent mentionné. Chaque écrivain trouve sa propre façon de travailler avec leurs résistances et leurs mauvais jours, parce que pour vivre cette vie, ils doivent le faire. En le faisant, vous pourriez commencer à sentir que de nouvelles idées se pointent, que des choses apparaissent, finalement. Quand au contraire, vous allez marcher ailleurs ou vous vous découragez, pas grand-chose ne se produit. Quand vous apprenez à accepter les journées de moindre flexibilité, de quelques mots sur le papier, de plus de divagations, vous construisez votre fondation sur les journées de grande flexibilité, de phrases et de concepts surprenants et de travail plus concentré. Lorsque vous traitez votre écriture comme faisant partie intégrante de votre vie, le flux et le reflux de votre relation avec elle ne vous paraîtront plus aussi saisissants ou aussi sévères. Certains jours, vous et vos amis semblez parler deux langues différentes, appartenant à des univers distincts. Certains jours, vous et votre écriture ne formez qu’un. 

  

            Reconnaissez vos limites, mais ne leur donnez pas de vie en les phrasant. Au lieu de dire : « Je suis incapable d’écrire un dialogue vivant et prenant. », dites : « Je suis incapable d’écrire un dialogue vivant et prenant, aujourd’hui. » Et alors, si les dialogues vivants et prenants est ce que vous recherchez, lisez les dialogues qui vous ont le plus marqués, pratiquez-les, et demain sera un autre jour. Sans le travail (de lecture et de pratique), vous direz la même chose le lendemain. Un jour nouveau ne vous apportera pas un nouveau kit d’outils extraordinaires sans avoir au préalable effectué le travail nécessaire. Le fait d’accepter les parties où vous avez le plus besoin d’améliorer dans votre métier vous permet de construire une fondation solide, et non criblée de trous avec vos illusions et fantasmes sur vos habiletés courantes. La leçon de l’impermanence nous enseigne que peu importe ce que nous ressentons, cela va passer. La leçon de l’acceptation, quant à elle, nous permet de trouver la joie à toutes les étapes du processus de la création littéraire.

 

Touches de pierre

 

 

  1. Écrivez une lettre d’amour à vous-même. Vous pouvez l’écrire du point de vue que vous voulez. Vous pourriez même expérimenter différents points de vue. Par exemple, une lettre pourrait provenir de vous à vous-même, une autre de votre conjoint ou conjointe, une autre d’un personnage de votre livre, etc.
  2. Faites une liste de vos forces et faiblesses dans l’écriture. Que pourriez-vous faire pour vous améliorer ? Soyez spécifique avec vos idées. Ne dites pas seulement : « Lire plus. » Trouvez des livres qui se focalisent sur vos faiblesses. Par exemple, si vous ne vous sentez pas très bons dans l’écriture de dialogues, lisez David Mamet ou Alice Walker. Regardez comment ils procèdent pour rendre d’excellents dialogues. Si vous éprouvez de la difficulté dans vos descriptions, lisez A Death in the Family de James Agee ou Lonesome Dove de Larry McMurtry. Si vous pensez que vous devez améliorer la caractérisation de vos personnages, essayez Beloved de Tony Morrisson ou Four Spirit de Sena Jeter Naslund. Élargissez votre expérience.
  3. Tentez l’écriture d’un poème qui vante toutes choses que vous faites bien ou que vous aimez à propos de vous-même. Écartez tout ce qui peut vous freiner. Ne soyez pas effrayé de paraître arrogant. Dites au monde combien merveilleux et magnifique vous êtes ! Et riez !

                

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La patience de l'écrivain - partie 2

Dans mon précédent article, j’ai abordé la patience de l’écrivain quand ce dernier était en processus créatif. Mais qu’en est-il une fois que l’œuvre est achevée et prête à être envoyée ? C’est cet aspect du métier qui est ressorti le plus parmi les réponses de certains écrivains du groupe Le café des écrivains sur Facebook, à qui j’avais préalablement demandé ce qu’ils pensaient de la patience de l’écrivain. 


Voici ce qu’ils ont dit :



« La patience de l'écrivain? La petite sœur jumelle de la persévérance, selon moi. » Claude Lamarche.


« Le processus éditorial, de par sa complexité, est en lui-même une épreuve de patience. Je pense surtout que l'attente est un bon moyen de ramener l'écrivain sur terre, et de l'amener à se surpasser. Si on devait tous écrire des livres et les publier en un claquement de doigts, ce serait beaucoup trop facile de se complaire. J » Keven Girard.


« La patience est une étape, parfois le seul moyen d'aboutir à un résultat. Attendre, c'est laisser le temps peaufiner l'œuvre du destin. » Daniel Laverdure.


« Juste à penser au moment où on a une histoire dans la tête et le moment où cette histoire se retrouve sur les tablettes (si elle s'y retrouve un jour), on comprend tout ! » Maryse Pagé.

 

« le temps de l'auteur n'est pas le temps de l'éditeur. tout est long. écrire, corriger, envoyer, attendre, publier (et mettre des mois entre chaque truc). » Suzanne Roy.


« La patience de l'écrivain, Annie, c'est aussi de travailler très fort sur un manuscrit pendant des mois; de l'envoyer à l'éditeur et d'attendre sa réponse; si elle est positive, de retravailler le manuscrit avec lui pendant de looooongs jours, pour ne pas dire des semaines; de savoir que le livre ne sera pas publié avant une autre année, en raison des délais de production et du calendrier de l'éditeur; de voir le livre enfin publié au bout du compte et d'attendre une autre année avant de recevoir des sous. Ouaip, la patience de l'auteur, c'est de travailler sur un manuscrit en sachant pertinemment que tu ne seras payé que dans deux ans... » Alain M. Bergeron.


« La patience, c'est aussi mettre de côté des idées qui ne seront réellement couchées sur papier que des mois, voire des années plus tard. Faute de temps, faute d'inspiration... ou simplement parce qu'on ne se sent pas tout à fait prêt ou qu'on n'a pas rassemblé assez d'idées pour que tout ça prenne forme. Puis, un jour, on se lance et on se félicite d'avoir été patient! » Geneviève Guilbault.


« Accepter le silence, qui fait aussi partie de l'écriture. Le temps que met l'histoire pour compléter sa gestation. » Marie-Christine Bernard.


« Une qualité essentielle lorsqu'on écrit.  La patience est une règle d'or qu'il nous faut apprendre à gérer rapidement en tant qu'auteur. Écrire un roman est très long, faire les corrections, les relectures également, sans parler du temps d'attente pour une réponse, pour la publication, ainsi que pour le paiement. Finalement, je dirais même que c'est un incontournable... » Sonia Alain.


L’auteure Suzanne Roy nous propose deux sites Internet qui traitent de la patience de l’auteur :




MERCI Suzanne, pour ces liens instructifs.


Et MERCI à tous les auteurs qui ont bien voulu répondre à cette question. C’est très apprécié. J


Pour conclure, je vous laisse avec une citation de Rainer-Maria Rilke.


 « Le temps, ici, n’est pas une mesure. Un an ne compte pas : dix ans ne sont rien. Être artiste, c’est ne pas compter, c’est croître comme l’arbre qui ne presse pas sa sève, qui résiste, confiant, aux grands vents du printemps, sans craindre que l’été puisse ne pas venir. L’été vient. Mais il ne vient que pour ceux qui savent attendre, aussi tranquilles et ouverts que s’ils avaient l’éternité devant eux. Je l’apprends tous les jours au prix de souffrances que je bénis : patience est tout. » Lettres à un jeune poète, page 36.


 

Voilà, tout est dit !

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La patience de l'écrivain - partie 1

Il faut être patient en maudit pour faire ce métier-là ! Si vous aimez les résultats rapides, allez voir ailleurs, car écrire, ça prend du temps.

 

Est-ce qu’une femme enceinte va accoucher le lendemain de la conception ? Hmmm… Pas sûre. Est-ce que le légume, par exemple le navet, est prêt dès que les premières pousses apparaissent ? Non plus. Il en va de même avec les histoires. Il faut laisser mûrir l’œuvre dans son ventre avant de l’écrire, de l’accoucher sur papier ou l’écran. C’est la gestation.

 

« Pourquoi attendre ? Je suis pressée, moi, je veux écrire des livres, les publier, devenir autonome financièrement grâce à la vente de mes livres qui seront traduits en plusieurs langues. Je veux être une grande écrivaine, comme Stephen King ou J.K. Rollings. Vite, vite, vite, je veux écrire tout de suite !  

‒ STOP ! »

 

Écrire une histoire, ça exige de la patience. Pour laisser monter en soi ce qui veut réellement se dire. Car souvent, dans notre hâte de publier, ou d’écrire, on pense avoir trouvé le bon filon, mais quand vient le temps de rédiger les mots, les phrases, ça accroche, ça grince par en dedans, les idées ne coulent pas, un malaise s’installe. On continue pareil, on s’entête. « La date d’échéance arrive, diront certains écrivains (les chanceux dont le manuscrit a été accepté par une maison d’édition), je dois terminer mon roman, ils attendent après moi ! » Plus on écrit dans cette direction, plus ça grince fort. Peut-être que c’est la petite voix en nous qui nous parle : « Ben là ! Y é temps que tu te réveilles ! » Elle sait, elle, qu’on a fait la sourde oreille à la vraie histoire, à celle qui veut réellement se dire, qui veut naître ! Elle sait que nous avons fait preuve d’impatience, qu’on s’est détourné de la vraie voie, de la voix unique de notre livre.

 

D’autres fois, on croit tenir le bon filon, on poursuit l’écriture dans cette voie, puis on se retrouve devant une impasse. Oups ! On rebrousse chemin et l’on choisit une nouvelle direction. « Ouais ! C’est bon, là ! Je le sens ! » On continue d’écrire, poussé(e) par cette nouvelle pulsion créatrice. Ça va un temps, puis oups ! Cul-de-sac ! Encore. On revire de bord et on essaie un autre sentier. Et ainsi de suite. C’est ce qu’on appelle, dans le jargon de l’auteure Marie Clark, l’errance de l’écrivain. On tourne autour de la vraie histoire.

 

*****

 

Marie Clark

Du 27 juillet au 1er août, j’ai suivi l’atelier d’écriture intensive de Marie Clark à Sutton. Ce qu’elle dit sur la période d’exploration (la recherche du contenu) est vraiment bien. Dans cette partie du processus créatif, selon elle, il est important de lâcher-prise, de tenter de voir, de tolérer l’imperfection. On nage dans le flou, le vague. On trace quelques esquisses. On abandonne le jugement, on abolit les contraintes. On se donne la permission d’errer. Marie conseille de toujours suivre son intuition, d’écrire la scène du roman qui nous parle le plus. De faire confiance à ce qui vient.  Quelque chose de plus grand que soi est à l’œuvre à travers nous.

 


*****

 

Chaque histoire est une entité distincte ayant sa propre vie, son propre rythme de croissance, sa propre voix. Certaines jaillissent hors de soi en un éclair. Les grosses pièces du puzzle bien en place, il ne reste plus qu’à peaufiner le tout. Pour celle-là, le temps de gestation était probablement déjà fait. Et pour d’autres, cependant, l’extraction prend beaucoup plus de temps. Le travail est dur, exigeant. L’histoire se dévoile morceau par morceau. La patience est mise à rude épreuve. Le temps d’errance est plus long. Va-t-on enfin en voir le bout ?

 

Actuellement, je me trouve dans cette deuxième catégorie. Mon histoire s’écrit une scène à la fois. D’abord, je la développe (je sors toutes les idées qui me viennent dans la tête, je suis attentive à ce qui veut se dire, à ce qui insiste, j’accueille les idées pêle-mêle. Parfois, j’entends des bribes de dialogue que j’écris sans trop savoir où il va se trouver dans la scène.) À cette étape du processus créatif, je suis en mode extraction, en mode découverte. De ce travail émerge naturellement une structure de base de la scène, que je réécris une ou deux fois ensuite. Et quand je sens que je tiens enfin la bonne structure, je rédige la scène.

 

Pour écrire, il faut être patient. Il faut savoir écouter ce qui se meut sous la surface et le laisser monter en toute liberté, accepter ce qui vient et l’écrire.

 

*****

 

La patience de l’écrivain, c’est aussi être patient envers soi-même. Avoir de l’indulgence, accepter nos faiblesses, accueillir notre chaos intérieur, l’aimer…

 

Le monde intérieur de l’écrivain, c’est-à-dire ses pensées, ses émotions et les diverses réactions de son corps physique, constitue son lieu de travail. C’est un espace sacré. Peu importe l’émotion ressentie ou les pensées qu’il a, ça fait partie du domaine du sacré et c’est réutilisable dans les histoires qu’il écrit. Celui qui écrit est l’écrivain avec tout ce qu’il est : son vécu, ses traumatismes, ses peurs, ses joies, ses rêves, ses passions, ses émotions, ses pensées chaotiques, ses souvenirs, ses désirs, ses défis, ses maladies, ses folies, ses tics, ses dadas, ses envies, ses dénis… C’est par lui que l’histoire passe, donc, celle-ci sera inévitablement teintée de sa conscience. C’est la raison pour laquelle on doit s’aimer et être patient envers soi-même.

 

Avec notre sensibilité, nous, les écrivains, c’est facile de vivre de grandes émotions mélodramatiques qui affectent notre corps et d’être parfois traversés par des vagues dépressives. Si vous avez vécu une enfance difficile, il va s’en dire que votre corps émotionnel a été quelque peu malmené et donc amputé de l’amour dont il avait besoin pour s’épanouir. Ce qui se traduit, actuellement dans votre vie d’adulte, par des périodes de dépressions passagères. Mais ce n'est que ça, des dépressions passagères, telles les vagues de l’océan qui s’échouent sur la plage de vos mondes intérieurs et qui retournent ensuite vers le large. Ça va passer, comme ces moments de doute que nous avons parfois à l’égard de nos écrits.

 

Quand on se trouve à patauger dans l’une de ces vagues, soyons patients : respirons calmement, vivons l’instant présent, regardons le soleil se lever avec des yeux d’enfant, sourions aux passants dans la rue, savourons le goût sucré des fraises fraîches, chantons notre chanson préférée, dansons dans le salon, marchons dans la forêt, émerveillons-nous devant les oiseaux qui chantent la vie, préparons une tarte aux pommes, rendons visite à nos frères et sœurs… 

 

Marie Clark, quant à elle, fait des Haïku. Cette pratique poétique la ramène dans le monde. Cela la décentre d’elle-même pour se centrer hors d’elle. Elle entre dans l’univers. Et ses problèmes disparaissent comme par magie. 

 

Une autre technique pour mieux vivre ces dépressions passagères serait de les incarner dans un personnage imaginaire. De ce fait, on évacue, on se libère, on se détache. On crée une forme de distance d’avec la situation. Ainsi, nous utilisons la création littéraire pour maintenir l’équilibre de notre bateau intérieur afin qu’on puisse continuer de voguer sur cette belle mer créative et d’écrire des histoires pour les autres. Pourquoi la création littéraire ne pourrait-elle pas servir à nous guérir ?

 

La création littéraire est un état d’être, un art de vivre.

 

Et la patience est la première qualité qu’un écrivain devrait acquérir. Car avec elle, il peut écrire de la littérature qui traversera les âges, tout en étant heureux avec lui-même !

 

Êtes-vous un écrivain patient et heureux?

  

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Mon frère Jack

Bonjour !!

 

Voici les dernières nouvelles concernant mes écrits.

 

Désormais, vous pouvez lire sur le blogue Le Chat qui Louche 2 une nouvelle littéraire que j'ai écrite. Elle s'intitule Mon frère Jack. 

 

Si vous avez une liseuse électronique ou une tablette, vous pouvez aussi la télécharger gratuitement sur le site Atramenta

 

Je vous souhaite une très belle lecture.

 

Vos commentaires sont les bienvenus !

 

À bientôt,

 

Annie 

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Me voilà de retour...

De nouvelles couleurs, un nouveau souffle, de nouveaux mots...

Je suis de retour pour vous parler de moi et de ma vie créative littéraire.

 

À très bientôt,

 

Annie xxx...

 

 

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Ce qu'en dit mon writing buddy

Voici une lettre que mon writing buddy, Patrice Cazeault (En passant, vous devez savoir que Les Éditions AdA ont accepté de publier sa série de romans SF ! SUPER BRAVO, PAT !!!!), a écrite sur mon roman La Brûlure d'Adeline. Je lui ai demandé s'il acceptait que je publie son texte, et il a dit oui, à ma grande joie. Merci Pat ! Tu es un ANGE !!!! :-)
Cette lettre m'a remise sur le piton et m'a redonné confiance en moi et en ce que j'écris...
 
Annie!
 
Comme promis, je me remets au boulot :)
 
Voici donc mon appréciation officielle de Adeline Tome 2 (à paraître bientôt chez une maison d'édition chanceuse) :
 
D'abord, au niveau de l'écriture, je ressens une nette amélioration par rapport au premier. Il s'en dégage une assurance, une richesse, une maîtrise. De tout le roman, il n'y a que deux petits passages qui m'ont fait sourciller et je t'en ai fait part dans mon courriel du 17 janvier. Tout le reste coule, glisse et s'enchaîne d'une façon naturelle.
 
Très fluide (Je te l'ai déjà dit, n'est-ce pas? Je ne suis plus sûr. Sûrement dans un courriel). Et énergique. Une plume qui valse facilement de l'action aux dialogues, nous fournissant tous les petits détails dont le lecteur a besoin pour se faire le film. Tes descriptions sont vivantes et justes. Insérées au bon moment, au bon endroit.
 
Pour l'écriture, donc, je n'ai rien à redire!
 
J'ai bien aimé comment tu as structuré ton texte. Tu commences par un mystère. Un quelque chose pour accrocher le lecteur. D'ailleurs, la résonance africaine m'a beaucoup plu. Ça apporte une richesse au récit. Ça ancre. Ça permet au lecteur de puiser dans les images qu'il associe au continent noir. Le danger aurait été de situer l'antagoniste dans un autre continent disparu. Ça passe pour Geunam et son fils, mais ça rend leur imagerie immédiatement plus floue pour le lecteur. Au contraire, avec l'ensorceleuse noire, les gens qui ont fui Mu pour l'Afrique, notre esprit leur associe automatiquement des sons, des couleurs, des odeurs. C'est un aspect du récit qui m'a bien plu!
 
Ensuite, avec le ICI qui prend toute une page et ton LÀ-BAS, j'ai trouvé la séparation intéressante. Juste le ICI tient ton lecteur en haleine. Pour l'instant, le récit se déroule ICI. Ce qui veut nécessairement dire qu'on va se déplacer AILLEURS éventuellement. Quand? Où? Comment? Le lecteur a des pistes, des indices. Inconsciemment, il est sur le qui-vive. C'était fort habile. Un petit truc à garder dans tes manches et à réutiliser à bon escient.
 
Le découpage des chapitres est réussi. Il laisse suffisamment d'espace au lecteur pour respirer. Longueurs variables, adaptées à ce que les scènes ont à offrir.
 
Bon! C'est assez pour la forme! Attaquons-nous au contenu.
 
Il y a du stock dans ce roman, n'est-ce pas? En plus de la vie contemporaine d'Adeline, tu nous plonges dans des dimensions parallèles avec Geunam et son fils (au fait, excellente trouvaille que de baptiser la pierre. De un, Zaloumée c'est très joli et exotique. De deux, ça évite tout un tas de répétition. Ça permet de varier les structures de phrases. De trois, ça ajoute au mystère de l'améthyste.), et en plein cœur de Paris du XIXe siècle. Rajoute à ça une touche de mystère africain avec Shele.
 
De plus, tu nous en dévoiles beaucoup sur le monde d'où viennent Geunam et Pyarus. Ça fait beaucoup. Même qu'à un moment donné, je me suis demandé si ce n'était pas trop. Le début du roman, surtout, peut sembler un tantinet alourdi par tout ça. Mais, par la suite, tout se déroule et on est aspiré dans l'histoire.
 
Beaucoup de détails au début, donc, mais c'est aussi ce qui donne une saveur à ton œuvre. C'est ce qui permet à tout ça de tenir ensemble. Tu nous ouvres une fenêtre sur un monde de ton cru, très riche et intrigant. J'ai beaucoup aimé. Shelene qui quitte Mu pour les colonies, qui fonde sa propre communauté, ses disciples, ses pierres... Ça me donne seulement envie d'en savoir plus! Ces petits bouts de récits sont parfaits. Ils donnent l'impression au lecteur d'un monde qui existe en dehors des pages. La juste dose entre ce qui est expliqué, ce qui est suggéré et ce qui est tu pour laisser au lecteur le soin d'utiliser son imagination.
 
L'introduction de Pyarus : brillant! Pourquoi? Parce que tu offres un contrepoids à Geunam. Quelque chose pour contrebalancer SA vision à lui. Quand j'ai compris le personnage, je t'ai trouvée géniale. Ça crée un conflit (pas dans le sens de bagarre) d'idées. Deux voies au milieu desquelles Adeline zigzague. Pyarus offre une explication. Geunam a la sienne. Zaloumée garde jalousement le secret et Adeline trouve le moyen de se faufiler et de ne pas trancher définitivement sur la nature de ses visions. Vie antérieure ou pas? Équilibriste de haute voltige, ma chère :)
 
(MERCI! Eh oui! T'as vu juste. C'est exactement ce que j'ai voulu faire! Bravo, Pat!)
 
Pour les personnages...
 
Benjamin. Type calme, maladroit, sympathique, attire le regard féminin mais ne s'en rend pas compte. Je dois t'avouer que lorsque j'ai compris qu'il offrirait les billets d'avion à Adeline, j'ai eu peur qu'il ne serve qu'à ça. Mais je me suis ravisé par la suite. C'est l'allié. La force tranquille qui veille sur Adeline. Qui s'inquiète pour elle. Il permet d'agir en contraste. De nous faire voir comment celle-ci se consume malgré elle (comme le Bucentaure), comment Adeline glisse sur une pente dangereuse. C'est à travers lui qu'on comprend que, même si Adeline suit la bonne piste, elle dérape.
 
Par contre, je ne suis pas sûr de saisir la nature de SES visions du Bucentaure.
 
Oh, et il conduit prudemment! Même s'il doit poursuivre une jeune Française un peu « chauffarde ». J'ai trouvé ce détail très réussi! Évidemment, chaque fois qu'on nous sert une poursuite, le conducteur se découvre immanquablement des talents innés pour la course et des réflexes de pilote de formule 1. Mais pas Benjamin. Cliché évité, et ça donne de la consistance au personnage. Bravo!
 
Lydia. Un peu bum. Sans les pressions exercées par sa pierre, je la devine sympathique. Sa fixation pour l'Afrique nous la rend intrigante. Il aurait peut-être été intéressant de savoir qui elle est sans tout ça.
 
 (Ici, j'ai dû enlever un bout de ce que Patrice avait écrit, car il dévoilait le punch!! ;-)
 
Adeline. J'adore. Dans ce tome-ci, elle passe un sacré test. Elle aime tant Jacob que ça peut se révéler dangereux. La brûlure d'Adeline, c'est ça : peut-elle aimer jusqu'à se consumer elle-même, jusqu'à commettre l'irréparable, jusqu'à poser des gestes qu'elle ne se croyait pas capable de poser? Adeline en apprend sur elle-même. Elle progresse. Elle sort grandie de son épreuve.
 
(Exact! Patrice, t'as tout compris!)
 
Et toi, cruelle auteure, tu la prives à nouveau de sa récompense! C'est la deuxième fois que tu l'empêches de vivre son amour. Son parcours amoureux est bien tortueux, pauvre petite :)
 
Dans ce roman-ci, Adeline qui soupçonne, Adeline qui s'obstine, qui s'entête. Adeline qui part en mission. Elle prend plus les devants. Provoque l'action. J'ai beaucoup aimé.
 
Au début, tu nous la présentes en jeune femme maître de ses affaires. Je l'aime beaucoup ainsi : au cégep, en appartement, avec un job. Avec Kippo, animal de compagnie expressif et délicieusement félin (tu vis avec des chats, ça paraît).
 
Au fait, bravo pour la technique qu'utilisent Lydia et Tristan pour séduire leur « âme sœur ». Se déguiser. Se travestir. S'investir dans une passion autre que la sienne. Tricher, donc. Beaucoup plus intéressant que si tout ça n'était « que » magique. Que l'intervention des pierres anciennes.
 
Autre détail : j'ai beaucoup apprécié le journal de Lydia. Je dis qu'on la connaît peu, finalement, mais son journal au moins est très réussi. Elle a une voix bien à elle. Un vocabulaire, une façon de formuler ses phrases. Intéressante façon de nous dévoiler ses vraies intentions.
 
Encore un autre petit détail (on est dans la section « en vrac »!) : Petite mention à prendre avec un gain de sel. C'est moi ou, excepté Lydia (qui se révèle manipulée par des forces obscures), tout le monde sans exception semble bienveillant envers Adeline? La seule qui se révèle parfois de mauvaise humeur dans le livre, c'est elle. Adeline n'a jamais à confronter quiconque qui soit hostile à son égard. Il s'agit simplement d'une observation que je me suis faite à un moment donné. Ce serait intéressant à explorer, à mon avis.
 
Bon!
 
En conclusion donc, la lecture d'Adeline m'a énormément plu (J'espère que tu t'en doutes! Ça doit faire 10 fois que je le répète!). Tu es une excellente écrivaine, Annie. N'en doute jamais. Ce texte est très mature! Je me doute des efforts que tu lui as mis. Ton œuvre s'en dégage. J'y vois un travail acharné sur le style, sur les mots, sur les phrases. J'y décèle aussi ton intuition. Ton émotion. Je sens que les conseils que tu donnes sur ton blogue ne sont pas des paroles lancées en l'air. Suivre l'histoire, écouter ce que les personnages veulent dire, se laisser guider... Il y a ce quelque chose qui passe en toi, qui coule de source.
 
Tu as ce talent, Annie. N'en doute pas. Utilise-le.
 
Ce roman mérite d'être publié. D'être lu.
 
Bonne chance.
 
Un gros MERCI pour la confiance que tu me portes. J'aurais aimé t'amener une liste de trucs concrets à améliorer, mais heureusement (!!), je trouve ton texte génial tel qu'il est en ce moment.
 
Je vais maintenant détruire le manuscrit.
 
Et la prochaine fois que je le lirai, ce sera lorsque je tiendrai le bouquin entre mes mains :)
 
Pat
 
Aujourd'hui, j'ai envoyé le manuscrit à deux autres maisons d'édition. En espérant que cette fois, ça va marcher !!! Croisons les doigts, les jambes, et tout ce qui peut se croiser... ;)
 
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Publication numérique

Voilà, c'est fait ! J'ai une première nouvelle de publiée sur Podlit.fr. Ce sont mes débuts dans l'ère du numérique. On verra où cela va me mener. J'expérimente, et c'est ce qu'il faut pour avancer, non ?

 

Vous pouvez aussi me lire sur Atramenta, un autre site français. J'y ai déposé deux nouvelles, dont l'une qui est en chantier et l'autre qui est aboutie. Puis j'y ai déposé la premiere partie de mon roman La Brûlure d'Adeline.

 

Je vous invite chaleureusement à y faire un tour et à me lire. Et si le coeur vous en dit, à me laisser un commentaire, question de savoir si vous aimez bien ce que j'écris...

 

Merci, et bonne lecture !! :-)

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« D'un seuil à l'autre vers la vérité » ...

... est le titre de la nouvelle littéraire sur laquelle je planche depuis un mois. Dans ce projet, j'ai décidé d'aller au bout de moi-même, pour voir jusqu'où je suis capable de me rendre dans mon écriture. Et ce faisant, j'apprends beaucoup sur ma façon de procéder comme écrivaine. Je m'écoute plus. Je m'arrête quand ça me dit d'arrêter. Et je poursuis lorsque ça commence à être trop intense. Hein !?!  Oui, oui ! C'est le signe que ça devient interressant ! De plus en plus, je le sens, quand ça vit sous mes doigts, quand j'ai touché une veine où coule le sang chaud de mon histoire et que je suis troublée par ce que j'écris.

 

Pour vous donner une idée de mon histoire, voici les deux premières pages :

 

«  Si sa grand-mère la surprenait en train d’explorer cette maison interdite, elle se ferait gronder et subirait tout un châtiment. Peut-être la vieille Murielle la priverait-elle de la sortie du vendredi pour les semaines à venir ? Ou pire, la renverrait-elle chez sa mère, en ville, dans ce lieu maudit qu’elle avait fui ?

 

Depuis une heure, Amandine arpentait le rez-de-chaussée de la vieille maison, celle bâtie près de la falaise surplombant la mer. Celle qui, depuis toujours, la charmait du coin d’une fenêtre à carreaux brisés, d’un sifflement entre deux planches pourries, d’une porte entrebâillée qui chante sur ses gonds sous la brise océane, des immenses haies de cèdres abandonné bordant l’allée de ciment recouverte d’un tapis vert moelleux, vivant.

 

Oui, elle avait enfin osé le pas : traverser le seuil de cette villa. Elle n’en avait pas le droit. « Que je te prenne à entrer là, Didie ! » l’avait morigéné sa grand-mère, deux jours plus tôt, quand elle lui avait demandé à qui appartenait cette maison. «Et tu repars sur le champ en ville ! Compris ? » Son visage était devenu si rouge qu’Amandine avait craint de voir du sang gicler du nez de Murielle. Cette dernière, d’un geste brusque, lui avait tendu un linge de vaisselle pour qu’elle l’aide. Elle l’avait pris en rechignant puis lui avait demandé : « Pourquoi ? » Murielle tenait un gros vase, son préféré, celui avec les roses dorées, et l’essuya minutieusement. « Parce que c’est dangereux, très dangereux ! » avait-elle répondu en plongeant son regard sévère dans le sien. « Tu ne dois pas y aller. C’est tout. » Murielle avait ensuite déposé son vase sur la table et en avait pris un autre, plus petit, en verre bleu, qu’elle avait essuyé avec une grande délicatesse, comme si elle manipulait un précieux trésor. Avec une voix plus chaleureuse, elle avait ajouté : « Je te pris de m’obéir, Amandine, car c’est ta vie dont il est question… » Ses yeux s’étaient adoucis et sa main lui avait ébouriffé les cheveux. Le changement soudain de l’attitude de sa grand-mère l’avait troublée.

 

Amandine s’était mise à se détester, car en aucun moment elle voulait la contrarier. Six ans plus tôt, Murielle l’avait accueillie à bras ouverts quand elle s’était réfugiée chez elle. Elle s’était même rangée de son côté, et non du côté de sa cinglée de mère. Toutes les trois s’étaient entendues qu’Amandine vivrait chez Murielle, le temps que Sarah reprenne sa vie en main… Amandine avait huit ans, à ce moment-là.

 

Mais elle était incapable d’obéissance ! Même à quatorze ans ! Sa grand-mère devait pourtant le savoir depuis le temps ! Plus on lui interdisait de faire quelque chose, plus le désir de faire cette chose la tenaillait jusqu’à ce qu’elle le fasse.

 

Ce matin-là, elle avait profité de l’absence de Murielle pour enfourcher son vélo et se rendre à cette vieille villa construite entre les chênes centenaires, sur le bord de la falaise. Plus que jamais, elle devait découvrir pourquoi cette maison l’attirait tant.

 

Depuis à peine quelques minutes, elle s’aventurait dans la cuisinette. Elle y trouva une table mise pour le repas du soir, recouverte d’une épaisse couche de poussière et de nombreuses toiles d’araignées. Des mouches mortes gisaient dans les assiettes, et d’autres insectes qu’elle ne reconnaissait pas. Au centre, une planche à pain attendait qu’on y dépose une miche chaude, prête à être découpée, sous la garde de trois chandelles consumées.

 

Amandine avait l’impression que les gens habitant ici étaient sur le point de manger quand ils durent, pour une raison ou une autre, quitter brusquement la maison. »

 

J'en suis à écrire la fin, et c'est difficile, car c'est intense, et surtout, je ne veux pas me tromper, je veux écrire les bonnes scènes, celles qui s'imbriquent parfaitement dans l'intrigue. Il me faut être davantage à l'écoute de moi-même... C'est passionnant !

 

Qui a dit qu'écrire était un métier facile ?  

 

Si vous le désirez, laissez-moi un commentaire sur ce début de nouvelle, d'accord ? MERCI !!

 

Annie 

 

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Ma posture d'écrivaine

Je sens le besoin de me rapprocher de moi, de mon essence. De ralentir le rythme pour mieux écouter la mouvance intérieure, reculer d’un pas et m’observer, observer les pensées, les sentiments qui m’envahissent. Être à l’affût du moindre changement vibratoire et de ce qui l’a causé. Revenir au centre, ne pas se perdre, mais accepter de s’être perdue, puis revenir, humblement, se retrouver.

 

Quand on écrit, on est deux. Il y a cette partie qui écrit et l’autre qui regarde l’être s’écrire. Quelle est donc cette posture?

 

Je sens le besoin de trouver mon langage, d’écouter ce qui bouge en moi, accueillir, accepter, écrire. Trouver ma posture d’écrivaine. Même quand je suis fatiguée, le corps meurtri d’anciennes blessures, le sommeil entrecoupé de plages d’insomnie, le regard rivé vers l’extérieur, cette ancienne posture qui m’a protégée pendant de nombreuses années. Celle-là, elle ne me sert plus désormais.

 

J’entre en moi, malgré les vieilles souffrances, malgré les orages et la violence des vents. Écrire, toujours, un mot à la fois. Suivre le courant, s’émerveiller de la découverte, être disponible à ce qui vient, s’abandonner, totalement, devenir un pur véhicule de ce qui veut se dire, de ce qui veut naître, être témoin de la naissance, accepter les failles du nouveau-né, accueillir la beauté et la laideur, les imprécisions, le vague, le flou, errer dans la mouvance du mot non-dit, s’écrire, s’éveiller, s’aimer, aimer… 

 

Ne pas juger, oh non!, ne pas juger, ne pas critiquer, ne pas dénigrer, ne pas regarder de haut. Être humble devant ce qui veut naître par les mots. Nous ne sommes pas les maîtres de ce qui veut se dire, nous en sommes les serviteurs. Des canaux permettant à ce qui est de vivre dans ce monde par les mots qui jaillissent du bout de nos doigts. Abandon. Et cette posture que je décris, elle n’est pas acquise, je dois me faire violence pour la vivre au quotidien, car mon regard qui tue, celui-là même qui est à l’origine de ma souffrance, ne veut en aucun cas libérer sa place. Sortir, donc, de cette zone de confort inconfortable pour tomber dans l’attitude de l’être qui écrit, qui s’écrit, qui se courbe devant la grandeur, qui s’y abandonne.

 

 

Servir. Vivre. Respirer.   

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ACCEPTATION

« Après tout, la meilleure chose qu’une personne puisse faire lorsqu’il pleut, c’est de laisser la pluie tomber. »

HENRY WADSWORTH LONGFELLOW

 

           

Il y a quelques années, j'ai donné des ateliers d'écriture. Et je proposais aux participants des livres sur la création littéraire. L'un d'entre eux est Writing Begins with the Breath de Laraine Herring. 

Le texte que vous allez lire est une traduction libre du chapitre 6 « Acceptance » de ce livre, publié par Shambhala Publication Inc, en 2007. L'extrait est tiré des P. 47 à 52.

   

           Vous souvenez-vous de la vieille chanson country, « Some Days are Diamonds, Some Days are Stones »? En surface, ce titre semble vous dire que certaines journées sont meilleures que d’autres, ce qui, nous le savons tous, est la vérité. Mais cela veut aussi dire que ni une bonne journée ni une mauvaise journée ne se prolongent. Chaque jour est différent. Chaque jour est un changement. Il en est de même avec vous, aussi.

 

      L’acceptation de vous-même est une partie de votre fondation en tant qu’écrivain et en tant qu’être humain. Je sais, cela sonne comme une banale recette New Age, mais restez avec moi une minute. Être capable de vous regarder avec une honnêteté à toute épreuve, et un petit sourire, vous donnera quelque chose de réel sur quoi travailler. Par contre, vous construire au-delà de vos capacités ou bien vous démolir ne vous servira pas. Les humains sont parfaitement imparfaits. Si vous ne pouvez honnêtement reconnaître les aspects sur lesquels vous devez travailler, alors vous ne ferez aucun progrès; inversement, si vous ne reconnaissez pas honnêtement vos forces, vous perdrez votre temps en travaillant sur ce qui est déjà fort.

 

            Certains d’entre nous ont été élevés avec l’idée que c’est impoli ou bien honteux de se vanter, et confondent la reconnaissance de leurs forces avec la vantardise. La vantardise est ce qui arrive quand vous démolissez les autres pour vous surélever. Se maintenir droit et fort dans la vérité de ce que vous êtes n’est pas de la vantardise; c’est de l’honnêteté. Certains d’entre nous sont incapables de reconnaître en quoi ils excellent. Quand on leur fait un compliment, ils rougissent, détournent et attirent l’attention sur un énorme défaut de leur personne.

 

 

            « Ce chandail te va à merveille. », leur dit un ami.

            « Oh, ça ? Je l’ai eu pour pas grand-chose. C’est une vieillerie. »

 

 

            Acceptez de recevoir des compliments. Prodiguez-vous-en. Cela aide aussi d’en faire aux autres. Croyez que vous êtes digne de votre vie et que vous pouvez apporter une contribution positive à ce monde.

 

            Quand vous vous percevez d’une façon réaliste, il en est ainsi avec votre écriture. Si nous pensons être parfaits, nous serons sourds à la critique constructive sur notre poésie. Si nous pensons que tout ce que nous faisons est un désastre, nous serons incapables de voir la beauté cachée dans nos vers. L’écriture est un art qui requiert du travail. L’entraînement d’un écrivain est l’apprentissage d’une vie. Si je crois connaître toute chose à connaître, cette arrogance se traduira sur la page, et je serai incapable d’atteindre cet espace où mon travail communique efficacement. Si je crois que je ne connais et ne connaîtrai rien, le même résultat se produira.

 

 

            Une partie de l’acceptation de vous-mêmes est d’accepter que vous êtes écrivain. Quand l’écrivain de mémoire, Mark Spragg, est venu parler à l’une de mes classes, il a dit aux élèves qu’il vivait la vie qu’il pensait que les écrivains vivaient. En lisant les jaquettes de livres de ses auteurs préférés, il constatait que ceux-ci étaient soient fermiers, exploreurs ou ermite. Ils ne remerciaient pas leur programme MFA ou leur colonie d’artistes pour le temps, l’espace et l’inspiration qu’ils avaient reçus. Ils vivaient juste leur vie et écrivaient sur eux-mêmes parce qu’ils se sentaient poussés à le faire. Spragg voulait ainsi nous montrer que nous avons besoin davantage de vivre et de penser moins à être un écrivain. Vous êtes un écrivain ou vous ne l’êtes pas. Ne gaspillez pas votre effort à trop y songer.

 

            Être un écrivain est une façon de voir le monde. C’est une façon d’intégrer les informations avec lesquelles nous rentrons en contact tous les jours. Si vous êtes un écrivain, vous pouvez ne plus l’être au même titre que vous pouvez ne plus respirer. Lorsque vous essayez de ne pas être l’écrivain que vous êtes, parce que c’est trop dérangeant, ou vous êtes trop effrayés, ou vous ne vous trouvez pas assez bons, vous verrez cette répression de votre authenticité remonter à la surface dans les autres secteurs de votre vie. Peut-être vous adonnerez-vous à autre chose. Peut-être vous retrouverez-vous amers et frustrés. Vous pourriez même blâmer vos relations personnelles à cause de votre manque d’accomplissement. Tout le monde a une raison différente pour se séparer de son cadeau. Mais tôt ou tard, le cadeau demande à être entendu. Mieux est-il pour vous et le reste du monde de cultiver cette relation maintenant. Tenez l’écriture près de votre cœur, que vous écriviez un journal, un essai ou un mémoire pour vos petits enfants. C’est une part de l'être que vous êtes, et cela demande le même oxygène que n’importe quel autre être vivant. Quand vous le nourrissez, il vous nourrit. Quand vous cessez de le nourrir, il vous draine par des voies les plus inattendues. Maintenez l’écriture dans votre vie avec l’intimité et la régularité du brossage de vos dents. Reconnaissez-la comme une partie de qui vous êtes, et non de ce que vous faites. C’est une façon d’être. Absolument rien de moins ne satisfera l’un ou l’autre de vous.

 

            C’est difficile de se voir avec précision, aussi dur est-il de voir son propre travail avec exactitude. C’est pourquoi les écrivains ont des groupes ou des collègues qui lisent leur texte. Ils savent qu’ils ne peuvent tout voir et veulent une évaluation honnête. Plus longtemps vous pratiquez votre métier, plus votre regard sur vos écrits deviendra objectif. Vous serez meilleur avec le temps. L’objectivité est un outil essentiel lors de l’étape de la révision et de l’analyse. Vous ne pourrez le faire à moins de vous distancer de votre travail et de le voir de façon objective et honnête.

 

            Chaque jour où vous vous assoyez pour écrire est différent de la journée d’avant. Vous êtes une personne différente de celle que vous étiez la veille. Différentes gâchettes ont été pressées. Différents souvenirs flottent autour de vous. Différentes sensations se trouvent dans votre corps. Lorsque l’écriture se porte bien, remarquez, souriez doucement, et continuez. Lorsque l’écriture ne se porte pas aussi bien, remarquez, souriez doucement, et continuez.

 

 

            Se battre crée de la résistance et des tensions dans votre corps et vos pensées. Si l’écriture n’avance pas aussi bien que vous le voulez, et que vous commencez à tempêter, à tendre votre mâchoire et vos épaules, à respirer plus vite, vous donnez de l’énergie au combat, et vous garantissez ainsi le blocage de votre travail parce que toute votre attention se focalise sur cela au lieu de l’impermanence de cette journée d’écriture particulière. Imaginez le lendemain autrement, et il sera différent. Décidez que vous avez un blocage et que vous ne voulez plus jouer, et vous aurez sûrement ce blocage et vous ne deviendrez pas un écrivain et vous aurez donné tout le pouvoir à l’impermanence du moment de cette journée. Ne faites pas ça.

 

            Je sais, c’est tentant. Dans les biographies d’écrivains ou dans les autres livres sur la vie d’écrivains, le besoin de garder son derrière sur la chaise est souvent mentionné. Chaque écrivain trouve sa propre façon de travailler avec leurs résistances et leurs mauvais jours, parce que pour vivre cette vie, ils doivent le faire. En le faisant, vous pourriez commencer à sentir que de nouvelles idées se pointent, que des choses apparaissent, finalement. Quand au contraire, vous allez marcher ailleurs ou vous vous découragez, pas grand-chose ne se produit. Quand vous apprenez à accepter les journées de moindre flexibilité, de quelques mots sur le papier, de plus de divagations, vous construisez votre fondation sur les journées de grande flexibilité, de phrases et de concepts surprenants et de travail plus concentré. Lorsque vous traitez votre écriture comme faisant partie intégrante de votre vie, le flux et le reflux de votre relation avec elle ne vous paraîtront plus aussi saisissants ou aussi sévères. Certains jours, vous et vos amis semblez parler deux langues différentes, appartenant à des univers distincts. Certains jours, vous et votre écriture ne formez qu’un. 

  

            Reconnaissez vos limites, mais ne leur donnez pas de vie en les phrasant. Au lieu de dire : « Je suis incapable d’écrire un dialogue vivant et prenant. », dites : « Je suis incapable d’écrire un dialogue vivant et prenant, aujourd’hui. » Et alors, si les dialogues vivants et prenants est ce que vous recherchez, lisez les dialogues qui vous ont le plus marqués, pratiquez-les, et demain sera un autre jour. Sans le travail (de lecture et de pratique), vous direz la même chose le lendemain. Un jour nouveau ne vous apportera pas un nouveau kit d’outils extraordinaires sans avoir au préalable effectué le travail nécessaire. Le fait d’accepter les parties où vous avez le plus besoin d’améliorer dans votre métier vous permet de construire une fondation solide, et non criblée de trous avec vos illusions et fantasmes sur vos habiletés courantes. La leçon de l’impermanence nous enseigne que peu importe ce que nous ressentons, cela va passer. La leçon de l’acceptation, quant à elle, nous permet de trouver la joie à toutes les étapes du processus de la création littéraire.

 

Touches de pierre

 

 

  1. Écrivez une lettre d’amour à vous-même. Vous pouvez l’écrire du point de vue que vous voulez. Vous pourriez même expérimenter différents points de vue. Par exemple, une lettre pourrait provenir de vous à vous-même, une autre de votre conjoint ou conjointe, une autre d’un personnage de votre livre, etc.
  2. Faites une liste de vos forces et faiblesses dans l’écriture. Que pourriez-vous faire pour vous améliorer ? Soyez spécifique avec vos idées. Ne dites pas seulement : « Lire plus. » Trouvez des livres qui se focalisent sur vos faiblesses. Par exemple, si vous ne vous sentez pas très bons dans l’écriture de dialogues, lisez David Mamet ou Alice Walker. Regardez comment ils procèdent pour rendre d’excellents dialogues. Si vous éprouvez de la difficulté dans vos descriptions, lisez A Death in the Family de James Agee ou Lonesome Dove de Larry McMurtry. Si vous pensez que vous devez améliorer la caractérisation de vos personnages, essayez Beloved de Tony Morrisson ou Four Spirit de Sena Jeter Naslund. Élargissez votre expérience.
  3. Tentez l’écriture d’un poème qui vante toutes choses que vous faites bien ou que vous aimez à propos de vous-même. Écartez tout ce qui peut vous freiner. Ne soyez pas effrayé de paraître arrogant. Dites au monde combien merveilleux et magnifique vous êtes ! Et riez !

                

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La patience de l'écrivain - partie 2

Dans mon précédent article, j’ai abordé la patience de l’écrivain quand ce dernier était en processus créatif. Mais qu’en est-il une fois que l’œuvre est achevée et prête à être envoyée ? C’est cet aspect du métier qui est ressorti le plus parmi les réponses de certains écrivains du groupe Le café des écrivains sur Facebook, à qui j’avais préalablement demandé ce qu’ils pensaient de la patience de l’écrivain. 


Voici ce qu’ils ont dit :



« La patience de l'écrivain? La petite sœur jumelle de la persévérance, selon moi. » Claude Lamarche.


« Le processus éditorial, de par sa complexité, est en lui-même une épreuve de patience. Je pense surtout que l'attente est un bon moyen de ramener l'écrivain sur terre, et de l'amener à se surpasser. Si on devait tous écrire des livres et les publier en un claquement de doigts, ce serait beaucoup trop facile de se complaire. J » Keven Girard.


« La patience est une étape, parfois le seul moyen d'aboutir à un résultat. Attendre, c'est laisser le temps peaufiner l'œuvre du destin. » Daniel Laverdure.


« Juste à penser au moment où on a une histoire dans la tête et le moment où cette histoire se retrouve sur les tablettes (si elle s'y retrouve un jour), on comprend tout ! » Maryse Pagé.

 

« le temps de l'auteur n'est pas le temps de l'éditeur. tout est long. écrire, corriger, envoyer, attendre, publier (et mettre des mois entre chaque truc). » Suzanne Roy.


« La patience de l'écrivain, Annie, c'est aussi de travailler très fort sur un manuscrit pendant des mois; de l'envoyer à l'éditeur et d'attendre sa réponse; si elle est positive, de retravailler le manuscrit avec lui pendant de looooongs jours, pour ne pas dire des semaines; de savoir que le livre ne sera pas publié avant une autre année, en raison des délais de production et du calendrier de l'éditeur; de voir le livre enfin publié au bout du compte et d'attendre une autre année avant de recevoir des sous. Ouaip, la patience de l'auteur, c'est de travailler sur un manuscrit en sachant pertinemment que tu ne seras payé que dans deux ans... » Alain M. Bergeron.


« La patience, c'est aussi mettre de côté des idées qui ne seront réellement couchées sur papier que des mois, voire des années plus tard. Faute de temps, faute d'inspiration... ou simplement parce qu'on ne se sent pas tout à fait prêt ou qu'on n'a pas rassemblé assez d'idées pour que tout ça prenne forme. Puis, un jour, on se lance et on se félicite d'avoir été patient! » Geneviève Guilbault.


« Accepter le silence, qui fait aussi partie de l'écriture. Le temps que met l'histoire pour compléter sa gestation. » Marie-Christine Bernard.


« Une qualité essentielle lorsqu'on écrit.  La patience est une règle d'or qu'il nous faut apprendre à gérer rapidement en tant qu'auteur. Écrire un roman est très long, faire les corrections, les relectures également, sans parler du temps d'attente pour une réponse, pour la publication, ainsi que pour le paiement. Finalement, je dirais même que c'est un incontournable... » Sonia Alain.


L’auteure Suzanne Roy nous propose deux sites Internet qui traitent de la patience de l’auteur :




MERCI Suzanne, pour ces liens instructifs.


Et MERCI à tous les auteurs qui ont bien voulu répondre à cette question. C’est très apprécié. J


Pour conclure, je vous laisse avec une citation de Rainer-Maria Rilke.


 « Le temps, ici, n’est pas une mesure. Un an ne compte pas : dix ans ne sont rien. Être artiste, c’est ne pas compter, c’est croître comme l’arbre qui ne presse pas sa sève, qui résiste, confiant, aux grands vents du printemps, sans craindre que l’été puisse ne pas venir. L’été vient. Mais il ne vient que pour ceux qui savent attendre, aussi tranquilles et ouverts que s’ils avaient l’éternité devant eux. Je l’apprends tous les jours au prix de souffrances que je bénis : patience est tout. » Lettres à un jeune poète, page 36.


 

Voilà, tout est dit !

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La patience de l'écrivain - partie 1

Il faut être patient en maudit pour faire ce métier-là ! Si vous aimez les résultats rapides, allez voir ailleurs, car écrire, ça prend du temps.

 

Est-ce qu’une femme enceinte va accoucher le lendemain de la conception ? Hmmm… Pas sûre. Est-ce que le légume, par exemple le navet, est prêt dès que les premières pousses apparaissent ? Non plus. Il en va de même avec les histoires. Il faut laisser mûrir l’œuvre dans son ventre avant de l’écrire, de l’accoucher sur papier ou l’écran. C’est la gestation.

 

« Pourquoi attendre ? Je suis pressée, moi, je veux écrire des livres, les publier, devenir autonome financièrement grâce à la vente de mes livres qui seront traduits en plusieurs langues. Je veux être une grande écrivaine, comme Stephen King ou J.K. Rollings. Vite, vite, vite, je veux écrire tout de suite !  

‒ STOP ! »

 

Écrire une histoire, ça exige de la patience. Pour laisser monter en soi ce qui veut réellement se dire. Car souvent, dans notre hâte de publier, ou d’écrire, on pense avoir trouvé le bon filon, mais quand vient le temps de rédiger les mots, les phrases, ça accroche, ça grince par en dedans, les idées ne coulent pas, un malaise s’installe. On continue pareil, on s’entête. « La date d’échéance arrive, diront certains écrivains (les chanceux dont le manuscrit a été accepté par une maison d’édition), je dois terminer mon roman, ils attendent après moi ! » Plus on écrit dans cette direction, plus ça grince fort. Peut-être que c’est la petite voix en nous qui nous parle : « Ben là ! Y é temps que tu te réveilles ! » Elle sait, elle, qu’on a fait la sourde oreille à la vraie histoire, à celle qui veut réellement se dire, qui veut naître ! Elle sait que nous avons fait preuve d’impatience, qu’on s’est détourné de la vraie voie, de la voix unique de notre livre.

 

D’autres fois, on croit tenir le bon filon, on poursuit l’écriture dans cette voie, puis on se retrouve devant une impasse. Oups ! On rebrousse chemin et l’on choisit une nouvelle direction. « Ouais ! C’est bon, là ! Je le sens ! » On continue d’écrire, poussé(e) par cette nouvelle pulsion créatrice. Ça va un temps, puis oups ! Cul-de-sac ! Encore. On revire de bord et on essaie un autre sentier. Et ainsi de suite. C’est ce qu’on appelle, dans le jargon de l’auteure Marie Clark, l’errance de l’écrivain. On tourne autour de la vraie histoire.

 

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Marie Clark

Du 27 juillet au 1er août, j’ai suivi l’atelier d’écriture intensive de Marie Clark à Sutton. Ce qu’elle dit sur la période d’exploration (la recherche du contenu) est vraiment bien. Dans cette partie du processus créatif, selon elle, il est important de lâcher-prise, de tenter de voir, de tolérer l’imperfection. On nage dans le flou, le vague. On trace quelques esquisses. On abandonne le jugement, on abolit les contraintes. On se donne la permission d’errer. Marie conseille de toujours suivre son intuition, d’écrire la scène du roman qui nous parle le plus. De faire confiance à ce qui vient.  Quelque chose de plus grand que soi est à l’œuvre à travers nous.

 


*****

 

Chaque histoire est une entité distincte ayant sa propre vie, son propre rythme de croissance, sa propre voix. Certaines jaillissent hors de soi en un éclair. Les grosses pièces du puzzle bien en place, il ne reste plus qu’à peaufiner le tout. Pour celle-là, le temps de gestation était probablement déjà fait. Et pour d’autres, cependant, l’extraction prend beaucoup plus de temps. Le travail est dur, exigeant. L’histoire se dévoile morceau par morceau. La patience est mise à rude épreuve. Le temps d’errance est plus long. Va-t-on enfin en voir le bout ?

 

Actuellement, je me trouve dans cette deuxième catégorie. Mon histoire s’écrit une scène à la fois. D’abord, je la développe (je sors toutes les idées qui me viennent dans la tête, je suis attentive à ce qui veut se dire, à ce qui insiste, j’accueille les idées pêle-mêle. Parfois, j’entends des bribes de dialogue que j’écris sans trop savoir où il va se trouver dans la scène.) À cette étape du processus créatif, je suis en mode extraction, en mode découverte. De ce travail émerge naturellement une structure de base de la scène, que je réécris une ou deux fois ensuite. Et quand je sens que je tiens enfin la bonne structure, je rédige la scène.

 

Pour écrire, il faut être patient. Il faut savoir écouter ce qui se meut sous la surface et le laisser monter en toute liberté, accepter ce qui vient et l’écrire.

 

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La patience de l’écrivain, c’est aussi être patient envers soi-même. Avoir de l’indulgence, accepter nos faiblesses, accueillir notre chaos intérieur, l’aimer…

 

Le monde intérieur de l’écrivain, c’est-à-dire ses pensées, ses émotions et les diverses réactions de son corps physique, constitue son lieu de travail. C’est un espace sacré. Peu importe l’émotion ressentie ou les pensées qu’il a, ça fait partie du domaine du sacré et c’est réutilisable dans les histoires qu’il écrit. Celui qui écrit est l’écrivain avec tout ce qu’il est : son vécu, ses traumatismes, ses peurs, ses joies, ses rêves, ses passions, ses émotions, ses pensées chaotiques, ses souvenirs, ses désirs, ses défis, ses maladies, ses folies, ses tics, ses dadas, ses envies, ses dénis… C’est par lui que l’histoire passe, donc, celle-ci sera inévitablement teintée de sa conscience. C’est la raison pour laquelle on doit s’aimer et être patient envers soi-même.

 

Avec notre sensibilité, nous, les écrivains, c’est facile de vivre de grandes émotions mélodramatiques qui affectent notre corps et d’être parfois traversés par des vagues dépressives. Si vous avez vécu une enfance difficile, il va s’en dire que votre corps émotionnel a été quelque peu malmené et donc amputé de l’amour dont il avait besoin pour s’épanouir. Ce qui se traduit, actuellement dans votre vie d’adulte, par des périodes de dépressions passagères. Mais ce n'est que ça, des dépressions passagères, telles les vagues de l’océan qui s’échouent sur la plage de vos mondes intérieurs et qui retournent ensuite vers le large. Ça va passer, comme ces moments de doute que nous avons parfois à l’égard de nos écrits.

 

Quand on se trouve à patauger dans l’une de ces vagues, soyons patients : respirons calmement, vivons l’instant présent, regardons le soleil se lever avec des yeux d’enfant, sourions aux passants dans la rue, savourons le goût sucré des fraises fraîches, chantons notre chanson préférée, dansons dans le salon, marchons dans la forêt, émerveillons-nous devant les oiseaux qui chantent la vie, préparons une tarte aux pommes, rendons visite à nos frères et sœurs… 

 

Marie Clark, quant à elle, fait des Haïku. Cette pratique poétique la ramène dans le monde. Cela la décentre d’elle-même pour se centrer hors d’elle. Elle entre dans l’univers. Et ses problèmes disparaissent comme par magie. 

 

Une autre technique pour mieux vivre ces dépressions passagères serait de les incarner dans un personnage imaginaire. De ce fait, on évacue, on se libère, on se détache. On crée une forme de distance d’avec la situation. Ainsi, nous utilisons la création littéraire pour maintenir l’équilibre de notre bateau intérieur afin qu’on puisse continuer de voguer sur cette belle mer créative et d’écrire des histoires pour les autres. Pourquoi la création littéraire ne pourrait-elle pas servir à nous guérir ?

 

La création littéraire est un état d’être, un art de vivre.

 

Et la patience est la première qualité qu’un écrivain devrait acquérir. Car avec elle, il peut écrire de la littérature qui traversera les âges, tout en étant heureux avec lui-même !

 

Êtes-vous un écrivain patient et heureux?

  

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Mon frère Jack

Bonjour !!

 

Voici les dernières nouvelles concernant mes écrits.

 

Désormais, vous pouvez lire sur le blogue Le Chat qui Louche 2 une nouvelle littéraire que j'ai écrite. Elle s'intitule Mon frère Jack. 

 

Si vous avez une liseuse électronique ou une tablette, vous pouvez aussi la télécharger gratuitement sur le site Atramenta

 

Je vous souhaite une très belle lecture.

 

Vos commentaires sont les bienvenus !

 

À bientôt,

 

Annie 

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Me voilà de retour...

De nouvelles couleurs, un nouveau souffle, de nouveaux mots...

Je suis de retour pour vous parler de moi et de ma vie créative littéraire.

 

À très bientôt,

 

Annie xxx...

 

 

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Ce qu'en dit mon writing buddy

Voici une lettre que mon writing buddy, Patrice Cazeault (En passant, vous devez savoir que Les Éditions AdA ont accepté de publier sa série de romans SF ! SUPER BRAVO, PAT !!!!), a écrite sur mon roman La Brûlure d'Adeline. Je lui ai demandé s'il acceptait que je publie son texte, et il a dit oui, à ma grande joie. Merci Pat ! Tu es un ANGE !!!! :-)
Cette lettre m'a remise sur le piton et m'a redonné confiance en moi et en ce que j'écris...
 
Annie!
 
Comme promis, je me remets au boulot :)
 
Voici donc mon appréciation officielle de Adeline Tome 2 (à paraître bientôt chez une maison d'édition chanceuse) :
 
D'abord, au niveau de l'écriture, je ressens une nette amélioration par rapport au premier. Il s'en dégage une assurance, une richesse, une maîtrise. De tout le roman, il n'y a que deux petits passages qui m'ont fait sourciller et je t'en ai fait part dans mon courriel du 17 janvier. Tout le reste coule, glisse et s'enchaîne d'une façon naturelle.
 
Très fluide (Je te l'ai déjà dit, n'est-ce pas? Je ne suis plus sûr. Sûrement dans un courriel). Et énergique. Une plume qui valse facilement de l'action aux dialogues, nous fournissant tous les petits détails dont le lecteur a besoin pour se faire le film. Tes descriptions sont vivantes et justes. Insérées au bon moment, au bon endroit.
 
Pour l'écriture, donc, je n'ai rien à redire!
 
J'ai bien aimé comment tu as structuré ton texte. Tu commences par un mystère. Un quelque chose pour accrocher le lecteur. D'ailleurs, la résonance africaine m'a beaucoup plu. Ça apporte une richesse au récit. Ça ancre. Ça permet au lecteur de puiser dans les images qu'il associe au continent noir. Le danger aurait été de situer l'antagoniste dans un autre continent disparu. Ça passe pour Geunam et son fils, mais ça rend leur imagerie immédiatement plus floue pour le lecteur. Au contraire, avec l'ensorceleuse noire, les gens qui ont fui Mu pour l'Afrique, notre esprit leur associe automatiquement des sons, des couleurs, des odeurs. C'est un aspect du récit qui m'a bien plu!
 
Ensuite, avec le ICI qui prend toute une page et ton LÀ-BAS, j'ai trouvé la séparation intéressante. Juste le ICI tient ton lecteur en haleine. Pour l'instant, le récit se déroule ICI. Ce qui veut nécessairement dire qu'on va se déplacer AILLEURS éventuellement. Quand? Où? Comment? Le lecteur a des pistes, des indices. Inconsciemment, il est sur le qui-vive. C'était fort habile. Un petit truc à garder dans tes manches et à réutiliser à bon escient.
 
Le découpage des chapitres est réussi. Il laisse suffisamment d'espace au lecteur pour respirer. Longueurs variables, adaptées à ce que les scènes ont à offrir.
 
Bon! C'est assez pour la forme! Attaquons-nous au contenu.
 
Il y a du stock dans ce roman, n'est-ce pas? En plus de la vie contemporaine d'Adeline, tu nous plonges dans des dimensions parallèles avec Geunam et son fils (au fait, excellente trouvaille que de baptiser la pierre. De un, Zaloumée c'est très joli et exotique. De deux, ça évite tout un tas de répétition. Ça permet de varier les structures de phrases. De trois, ça ajoute au mystère de l'améthyste.), et en plein cœur de Paris du XIXe siècle. Rajoute à ça une touche de mystère africain avec Shele.
 
De plus, tu nous en dévoiles beaucoup sur le monde d'où viennent Geunam et Pyarus. Ça fait beaucoup. Même qu'à un moment donné, je me suis demandé si ce n'était pas trop. Le début du roman, surtout, peut sembler un tantinet alourdi par tout ça. Mais, par la suite, tout se déroule et on est aspiré dans l'histoire.
 
Beaucoup de détails au début, donc, mais c'est aussi ce qui donne une saveur à ton œuvre. C'est ce qui permet à tout ça de tenir ensemble. Tu nous ouvres une fenêtre sur un monde de ton cru, très riche et intrigant. J'ai beaucoup aimé. Shelene qui quitte Mu pour les colonies, qui fonde sa propre communauté, ses disciples, ses pierres... Ça me donne seulement envie d'en savoir plus! Ces petits bouts de récits sont parfaits. Ils donnent l'impression au lecteur d'un monde qui existe en dehors des pages. La juste dose entre ce qui est expliqué, ce qui est suggéré et ce qui est tu pour laisser au lecteur le soin d'utiliser son imagination.
 
L'introduction de Pyarus : brillant! Pourquoi? Parce que tu offres un contrepoids à Geunam. Quelque chose pour contrebalancer SA vision à lui. Quand j'ai compris le personnage, je t'ai trouvée géniale. Ça crée un conflit (pas dans le sens de bagarre) d'idées. Deux voies au milieu desquelles Adeline zigzague. Pyarus offre une explication. Geunam a la sienne. Zaloumée garde jalousement le secret et Adeline trouve le moyen de se faufiler et de ne pas trancher définitivement sur la nature de ses visions. Vie antérieure ou pas? Équilibriste de haute voltige, ma chère :)
 
(MERCI! Eh oui! T'as vu juste. C'est exactement ce que j'ai voulu faire! Bravo, Pat!)
 
Pour les personnages...
 
Benjamin. Type calme, maladroit, sympathique, attire le regard féminin mais ne s'en rend pas compte. Je dois t'avouer que lorsque j'ai compris qu'il offrirait les billets d'avion à Adeline, j'ai eu peur qu'il ne serve qu'à ça. Mais je me suis ravisé par la suite. C'est l'allié. La force tranquille qui veille sur Adeline. Qui s'inquiète pour elle. Il permet d'agir en contraste. De nous faire voir comment celle-ci se consume malgré elle (comme le Bucentaure), comment Adeline glisse sur une pente dangereuse. C'est à travers lui qu'on comprend que, même si Adeline suit la bonne piste, elle dérape.
 
Par contre, je ne suis pas sûr de saisir la nature de SES visions du Bucentaure.
 
Oh, et il conduit prudemment! Même s'il doit poursuivre une jeune Française un peu « chauffarde ». J'ai trouvé ce détail très réussi! Évidemment, chaque fois qu'on nous sert une poursuite, le conducteur se découvre immanquablement des talents innés pour la course et des réflexes de pilote de formule 1. Mais pas Benjamin. Cliché évité, et ça donne de la consistance au personnage. Bravo!
 
Lydia. Un peu bum. Sans les pressions exercées par sa pierre, je la devine sympathique. Sa fixation pour l'Afrique nous la rend intrigante. Il aurait peut-être été intéressant de savoir qui elle est sans tout ça.
 
 (Ici, j'ai dû enlever un bout de ce que Patrice avait écrit, car il dévoilait le punch!! ;-)
 
Adeline. J'adore. Dans ce tome-ci, elle passe un sacré test. Elle aime tant Jacob que ça peut se révéler dangereux. La brûlure d'Adeline, c'est ça : peut-elle aimer jusqu'à se consumer elle-même, jusqu'à commettre l'irréparable, jusqu'à poser des gestes qu'elle ne se croyait pas capable de poser? Adeline en apprend sur elle-même. Elle progresse. Elle sort grandie de son épreuve.
 
(Exact! Patrice, t'as tout compris!)
 
Et toi, cruelle auteure, tu la prives à nouveau de sa récompense! C'est la deuxième fois que tu l'empêches de vivre son amour. Son parcours amoureux est bien tortueux, pauvre petite :)
 
Dans ce roman-ci, Adeline qui soupçonne, Adeline qui s'obstine, qui s'entête. Adeline qui part en mission. Elle prend plus les devants. Provoque l'action. J'ai beaucoup aimé.
 
Au début, tu nous la présentes en jeune femme maître de ses affaires. Je l'aime beaucoup ainsi : au cégep, en appartement, avec un job. Avec Kippo, animal de compagnie expressif et délicieusement félin (tu vis avec des chats, ça paraît).
 
Au fait, bravo pour la technique qu'utilisent Lydia et Tristan pour séduire leur « âme sœur ». Se déguiser. Se travestir. S'investir dans une passion autre que la sienne. Tricher, donc. Beaucoup plus intéressant que si tout ça n'était « que » magique. Que l'intervention des pierres anciennes.
 
Autre détail : j'ai beaucoup apprécié le journal de Lydia. Je dis qu'on la connaît peu, finalement, mais son journal au moins est très réussi. Elle a une voix bien à elle. Un vocabulaire, une façon de formuler ses phrases. Intéressante façon de nous dévoiler ses vraies intentions.
 
Encore un autre petit détail (on est dans la section « en vrac »!) : Petite mention à prendre avec un gain de sel. C'est moi ou, excepté Lydia (qui se révèle manipulée par des forces obscures), tout le monde sans exception semble bienveillant envers Adeline? La seule qui se révèle parfois de mauvaise humeur dans le livre, c'est elle. Adeline n'a jamais à confronter quiconque qui soit hostile à son égard. Il s'agit simplement d'une observation que je me suis faite à un moment donné. Ce serait intéressant à explorer, à mon avis.
 
Bon!
 
En conclusion donc, la lecture d'Adeline m'a énormément plu (J'espère que tu t'en doutes! Ça doit faire 10 fois que je le répète!). Tu es une excellente écrivaine, Annie. N'en doute jamais. Ce texte est très mature! Je me doute des efforts que tu lui as mis. Ton œuvre s'en dégage. J'y vois un travail acharné sur le style, sur les mots, sur les phrases. J'y décèle aussi ton intuition. Ton émotion. Je sens que les conseils que tu donnes sur ton blogue ne sont pas des paroles lancées en l'air. Suivre l'histoire, écouter ce que les personnages veulent dire, se laisser guider... Il y a ce quelque chose qui passe en toi, qui coule de source.
 
Tu as ce talent, Annie. N'en doute pas. Utilise-le.
 
Ce roman mérite d'être publié. D'être lu.
 
Bonne chance.
 
Un gros MERCI pour la confiance que tu me portes. J'aurais aimé t'amener une liste de trucs concrets à améliorer, mais heureusement (!!), je trouve ton texte génial tel qu'il est en ce moment.
 
Je vais maintenant détruire le manuscrit.
 
Et la prochaine fois que je le lirai, ce sera lorsque je tiendrai le bouquin entre mes mains :)
 
Pat
 
Aujourd'hui, j'ai envoyé le manuscrit à deux autres maisons d'édition. En espérant que cette fois, ça va marcher !!! Croisons les doigts, les jambes, et tout ce qui peut se croiser... ;)
 
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Publication numérique

Voilà, c'est fait ! J'ai une première nouvelle de publiée sur Podlit.fr. Ce sont mes débuts dans l'ère du numérique. On verra où cela va me mener. J'expérimente, et c'est ce qu'il faut pour avancer, non ?

 

Vous pouvez aussi me lire sur Atramenta, un autre site français. J'y ai déposé deux nouvelles, dont l'une qui est en chantier et l'autre qui est aboutie. Puis j'y ai déposé la premiere partie de mon roman La Brûlure d'Adeline.

 

Je vous invite chaleureusement à y faire un tour et à me lire. Et si le coeur vous en dit, à me laisser un commentaire, question de savoir si vous aimez bien ce que j'écris...

 

Merci, et bonne lecture !! :-)

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« D'un seuil à l'autre vers la vérité » ...

... est le titre de la nouvelle littéraire sur laquelle je planche depuis un mois. Dans ce projet, j'ai décidé d'aller au bout de moi-même, pour voir jusqu'où je suis capable de me rendre dans mon écriture. Et ce faisant, j'apprends beaucoup sur ma façon de procéder comme écrivaine. Je m'écoute plus. Je m'arrête quand ça me dit d'arrêter. Et je poursuis lorsque ça commence à être trop intense. Hein !?!  Oui, oui ! C'est le signe que ça devient interressant ! De plus en plus, je le sens, quand ça vit sous mes doigts, quand j'ai touché une veine où coule le sang chaud de mon histoire et que je suis troublée par ce que j'écris.

 

Pour vous donner une idée de mon histoire, voici les deux premières pages :

 

«  Si sa grand-mère la surprenait en train d’explorer cette maison interdite, elle se ferait gronder et subirait tout un châtiment. Peut-être la vieille Murielle la priverait-elle de la sortie du vendredi pour les semaines à venir ? Ou pire, la renverrait-elle chez sa mère, en ville, dans ce lieu maudit qu’elle avait fui ?

 

Depuis une heure, Amandine arpentait le rez-de-chaussée de la vieille maison, celle bâtie près de la falaise surplombant la mer. Celle qui, depuis toujours, la charmait du coin d’une fenêtre à carreaux brisés, d’un sifflement entre deux planches pourries, d’une porte entrebâillée qui chante sur ses gonds sous la brise océane, des immenses haies de cèdres abandonné bordant l’allée de ciment recouverte d’un tapis vert moelleux, vivant.

 

Oui, elle avait enfin osé le pas : traverser le seuil de cette villa. Elle n’en avait pas le droit. « Que je te prenne à entrer là, Didie ! » l’avait morigéné sa grand-mère, deux jours plus tôt, quand elle lui avait demandé à qui appartenait cette maison. «Et tu repars sur le champ en ville ! Compris ? » Son visage était devenu si rouge qu’Amandine avait craint de voir du sang gicler du nez de Murielle. Cette dernière, d’un geste brusque, lui avait tendu un linge de vaisselle pour qu’elle l’aide. Elle l’avait pris en rechignant puis lui avait demandé : « Pourquoi ? » Murielle tenait un gros vase, son préféré, celui avec les roses dorées, et l’essuya minutieusement. « Parce que c’est dangereux, très dangereux ! » avait-elle répondu en plongeant son regard sévère dans le sien. « Tu ne dois pas y aller. C’est tout. » Murielle avait ensuite déposé son vase sur la table et en avait pris un autre, plus petit, en verre bleu, qu’elle avait essuyé avec une grande délicatesse, comme si elle manipulait un précieux trésor. Avec une voix plus chaleureuse, elle avait ajouté : « Je te pris de m’obéir, Amandine, car c’est ta vie dont il est question… » Ses yeux s’étaient adoucis et sa main lui avait ébouriffé les cheveux. Le changement soudain de l’attitude de sa grand-mère l’avait troublée.

 

Amandine s’était mise à se détester, car en aucun moment elle voulait la contrarier. Six ans plus tôt, Murielle l’avait accueillie à bras ouverts quand elle s’était réfugiée chez elle. Elle s’était même rangée de son côté, et non du côté de sa cinglée de mère. Toutes les trois s’étaient entendues qu’Amandine vivrait chez Murielle, le temps que Sarah reprenne sa vie en main… Amandine avait huit ans, à ce moment-là.

 

Mais elle était incapable d’obéissance ! Même à quatorze ans ! Sa grand-mère devait pourtant le savoir depuis le temps ! Plus on lui interdisait de faire quelque chose, plus le désir de faire cette chose la tenaillait jusqu’à ce qu’elle le fasse.

 

Ce matin-là, elle avait profité de l’absence de Murielle pour enfourcher son vélo et se rendre à cette vieille villa construite entre les chênes centenaires, sur le bord de la falaise. Plus que jamais, elle devait découvrir pourquoi cette maison l’attirait tant.

 

Depuis à peine quelques minutes, elle s’aventurait dans la cuisinette. Elle y trouva une table mise pour le repas du soir, recouverte d’une épaisse couche de poussière et de nombreuses toiles d’araignées. Des mouches mortes gisaient dans les assiettes, et d’autres insectes qu’elle ne reconnaissait pas. Au centre, une planche à pain attendait qu’on y dépose une miche chaude, prête à être découpée, sous la garde de trois chandelles consumées.

 

Amandine avait l’impression que les gens habitant ici étaient sur le point de manger quand ils durent, pour une raison ou une autre, quitter brusquement la maison. »

 

J'en suis à écrire la fin, et c'est difficile, car c'est intense, et surtout, je ne veux pas me tromper, je veux écrire les bonnes scènes, celles qui s'imbriquent parfaitement dans l'intrigue. Il me faut être davantage à l'écoute de moi-même... C'est passionnant !

 

Qui a dit qu'écrire était un métier facile ?  

 

Si vous le désirez, laissez-moi un commentaire sur ce début de nouvelle, d'accord ? MERCI !!

 

Annie 

 

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Ma posture d'écrivaine

Je sens le besoin de me rapprocher de moi, de mon essence. De ralentir le rythme pour mieux écouter la mouvance intérieure, reculer d’un pas et m’observer, observer les pensées, les sentiments qui m’envahissent. Être à l’affût du moindre changement vibratoire et de ce qui l’a causé. Revenir au centre, ne pas se perdre, mais accepter de s’être perdue, puis revenir, humblement, se retrouver.

 

Quand on écrit, on est deux. Il y a cette partie qui écrit et l’autre qui regarde l’être s’écrire. Quelle est donc cette posture?

 

Je sens le besoin de trouver mon langage, d’écouter ce qui bouge en moi, accueillir, accepter, écrire. Trouver ma posture d’écrivaine. Même quand je suis fatiguée, le corps meurtri d’anciennes blessures, le sommeil entrecoupé de plages d’insomnie, le regard rivé vers l’extérieur, cette ancienne posture qui m’a protégée pendant de nombreuses années. Celle-là, elle ne me sert plus désormais.

 

J’entre en moi, malgré les vieilles souffrances, malgré les orages et la violence des vents. Écrire, toujours, un mot à la fois. Suivre le courant, s’émerveiller de la découverte, être disponible à ce qui vient, s’abandonner, totalement, devenir un pur véhicule de ce qui veut se dire, de ce qui veut naître, être témoin de la naissance, accepter les failles du nouveau-né, accueillir la beauté et la laideur, les imprécisions, le vague, le flou, errer dans la mouvance du mot non-dit, s’écrire, s’éveiller, s’aimer, aimer… 

 

Ne pas juger, oh non!, ne pas juger, ne pas critiquer, ne pas dénigrer, ne pas regarder de haut. Être humble devant ce qui veut naître par les mots. Nous ne sommes pas les maîtres de ce qui veut se dire, nous en sommes les serviteurs. Des canaux permettant à ce qui est de vivre dans ce monde par les mots qui jaillissent du bout de nos doigts. Abandon. Et cette posture que je décris, elle n’est pas acquise, je dois me faire violence pour la vivre au quotidien, car mon regard qui tue, celui-là même qui est à l’origine de ma souffrance, ne veut en aucun cas libérer sa place. Sortir, donc, de cette zone de confort inconfortable pour tomber dans l’attitude de l’être qui écrit, qui s’écrit, qui se courbe devant la grandeur, qui s’y abandonne.

 

 

Servir. Vivre. Respirer.   

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ACCEPTATION

« Après tout, la meilleure chose qu’une personne puisse faire lorsqu’il pleut, c’est de laisser la pluie tomber. »

HENRY WADSWORTH LONGFELLOW

 

           

Il y a quelques années, j'ai donné des ateliers d'écriture. Et je proposais aux participants des livres sur la création littéraire. L'un d'entre eux est Writing Begins with the Breath de Laraine Herring. 

Le texte que vous allez lire est une traduction libre du chapitre 6 « Acceptance » de ce livre, publié par Shambhala Publication Inc, en 2007. L'extrait est tiré des P. 47 à 52.

   

           Vous souvenez-vous de la vieille chanson country, « Some Days are Diamonds, Some Days are Stones »? En surface, ce titre semble vous dire que certaines journées sont meilleures que d’autres, ce qui, nous le savons tous, est la vérité. Mais cela veut aussi dire que ni une bonne journée ni une mauvaise journée ne se prolongent. Chaque jour est différent. Chaque jour est un changement. Il en est de même avec vous, aussi.

 

      L’acceptation de vous-même est une partie de votre fondation en tant qu’écrivain et en tant qu’être humain. Je sais, cela sonne comme une banale recette New Age, mais restez avec moi une minute. Être capable de vous regarder avec une honnêteté à toute épreuve, et un petit sourire, vous donnera quelque chose de réel sur quoi travailler. Par contre, vous construire au-delà de vos capacités ou bien vous démolir ne vous servira pas. Les humains sont parfaitement imparfaits. Si vous ne pouvez honnêtement reconnaître les aspects sur lesquels vous devez travailler, alors vous ne ferez aucun progrès; inversement, si vous ne reconnaissez pas honnêtement vos forces, vous perdrez votre temps en travaillant sur ce qui est déjà fort.

 

            Certains d’entre nous ont été élevés avec l’idée que c’est impoli ou bien honteux de se vanter, et confondent la reconnaissance de leurs forces avec la vantardise. La vantardise est ce qui arrive quand vous démolissez les autres pour vous surélever. Se maintenir droit et fort dans la vérité de ce que vous êtes n’est pas de la vantardise; c’est de l’honnêteté. Certains d’entre nous sont incapables de reconnaître en quoi ils excellent. Quand on leur fait un compliment, ils rougissent, détournent et attirent l’attention sur un énorme défaut de leur personne.

 

 

            « Ce chandail te va à merveille. », leur dit un ami.

            « Oh, ça ? Je l’ai eu pour pas grand-chose. C’est une vieillerie. »

 

 

            Acceptez de recevoir des compliments. Prodiguez-vous-en. Cela aide aussi d’en faire aux autres. Croyez que vous êtes digne de votre vie et que vous pouvez apporter une contribution positive à ce monde.

 

            Quand vous vous percevez d’une façon réaliste, il en est ainsi avec votre écriture. Si nous pensons être parfaits, nous serons sourds à la critique constructive sur notre poésie. Si nous pensons que tout ce que nous faisons est un désastre, nous serons incapables de voir la beauté cachée dans nos vers. L’écriture est un art qui requiert du travail. L’entraînement d’un écrivain est l’apprentissage d’une vie. Si je crois connaître toute chose à connaître, cette arrogance se traduira sur la page, et je serai incapable d’atteindre cet espace où mon travail communique efficacement. Si je crois que je ne connais et ne connaîtrai rien, le même résultat se produira.

 

 

            Une partie de l’acceptation de vous-mêmes est d’accepter que vous êtes écrivain. Quand l’écrivain de mémoire, Mark Spragg, est venu parler à l’une de mes classes, il a dit aux élèves qu’il vivait la vie qu’il pensait que les écrivains vivaient. En lisant les jaquettes de livres de ses auteurs préférés, il constatait que ceux-ci étaient soient fermiers, exploreurs ou ermite. Ils ne remerciaient pas leur programme MFA ou leur colonie d’artistes pour le temps, l’espace et l’inspiration qu’ils avaient reçus. Ils vivaient juste leur vie et écrivaient sur eux-mêmes parce qu’ils se sentaient poussés à le faire. Spragg voulait ainsi nous montrer que nous avons besoin davantage de vivre et de penser moins à être un écrivain. Vous êtes un écrivain ou vous ne l’êtes pas. Ne gaspillez pas votre effort à trop y songer.

 

            Être un écrivain est une façon de voir le monde. C’est une façon d’intégrer les informations avec lesquelles nous rentrons en contact tous les jours. Si vous êtes un écrivain, vous pouvez ne plus l’être au même titre que vous pouvez ne plus respirer. Lorsque vous essayez de ne pas être l’écrivain que vous êtes, parce que c’est trop dérangeant, ou vous êtes trop effrayés, ou vous ne vous trouvez pas assez bons, vous verrez cette répression de votre authenticité remonter à la surface dans les autres secteurs de votre vie. Peut-être vous adonnerez-vous à autre chose. Peut-être vous retrouverez-vous amers et frustrés. Vous pourriez même blâmer vos relations personnelles à cause de votre manque d’accomplissement. Tout le monde a une raison différente pour se séparer de son cadeau. Mais tôt ou tard, le cadeau demande à être entendu. Mieux est-il pour vous et le reste du monde de cultiver cette relation maintenant. Tenez l’écriture près de votre cœur, que vous écriviez un journal, un essai ou un mémoire pour vos petits enfants. C’est une part de l'être que vous êtes, et cela demande le même oxygène que n’importe quel autre être vivant. Quand vous le nourrissez, il vous nourrit. Quand vous cessez de le nourrir, il vous draine par des voies les plus inattendues. Maintenez l’écriture dans votre vie avec l’intimité et la régularité du brossage de vos dents. Reconnaissez-la comme une partie de qui vous êtes, et non de ce que vous faites. C’est une façon d’être. Absolument rien de moins ne satisfera l’un ou l’autre de vous.

 

            C’est difficile de se voir avec précision, aussi dur est-il de voir son propre travail avec exactitude. C’est pourquoi les écrivains ont des groupes ou des collègues qui lisent leur texte. Ils savent qu’ils ne peuvent tout voir et veulent une évaluation honnête. Plus longtemps vous pratiquez votre métier, plus votre regard sur vos écrits deviendra objectif. Vous serez meilleur avec le temps. L’objectivité est un outil essentiel lors de l’étape de la révision et de l’analyse. Vous ne pourrez le faire à moins de vous distancer de votre travail et de le voir de façon objective et honnête.

 

            Chaque jour où vous vous assoyez pour écrire est différent de la journée d’avant. Vous êtes une personne différente de celle que vous étiez la veille. Différentes gâchettes ont été pressées. Différents souvenirs flottent autour de vous. Différentes sensations se trouvent dans votre corps. Lorsque l’écriture se porte bien, remarquez, souriez doucement, et continuez. Lorsque l’écriture ne se porte pas aussi bien, remarquez, souriez doucement, et continuez.

 

 

            Se battre crée de la résistance et des tensions dans votre corps et vos pensées. Si l’écriture n’avance pas aussi bien que vous le voulez, et que vous commencez à tempêter, à tendre votre mâchoire et vos épaules, à respirer plus vite, vous donnez de l’énergie au combat, et vous garantissez ainsi le blocage de votre travail parce que toute votre attention se focalise sur cela au lieu de l’impermanence de cette journée d’écriture particulière. Imaginez le lendemain autrement, et il sera différent. Décidez que vous avez un blocage et que vous ne voulez plus jouer, et vous aurez sûrement ce blocage et vous ne deviendrez pas un écrivain et vous aurez donné tout le pouvoir à l’impermanence du moment de cette journée. Ne faites pas ça.

 

            Je sais, c’est tentant. Dans les biographies d’écrivains ou dans les autres livres sur la vie d’écrivains, le besoin de garder son derrière sur la chaise est souvent mentionné. Chaque écrivain trouve sa propre façon de travailler avec leurs résistances et leurs mauvais jours, parce que pour vivre cette vie, ils doivent le faire. En le faisant, vous pourriez commencer à sentir que de nouvelles idées se pointent, que des choses apparaissent, finalement. Quand au contraire, vous allez marcher ailleurs ou vous vous découragez, pas grand-chose ne se produit. Quand vous apprenez à accepter les journées de moindre flexibilité, de quelques mots sur le papier, de plus de divagations, vous construisez votre fondation sur les journées de grande flexibilité, de phrases et de concepts surprenants et de travail plus concentré. Lorsque vous traitez votre écriture comme faisant partie intégrante de votre vie, le flux et le reflux de votre relation avec elle ne vous paraîtront plus aussi saisissants ou aussi sévères. Certains jours, vous et vos amis semblez parler deux langues différentes, appartenant à des univers distincts. Certains jours, vous et votre écriture ne formez qu’un. 

  

            Reconnaissez vos limites, mais ne leur donnez pas de vie en les phrasant. Au lieu de dire : « Je suis incapable d’écrire un dialogue vivant et prenant. », dites : « Je suis incapable d’écrire un dialogue vivant et prenant, aujourd’hui. » Et alors, si les dialogues vivants et prenants est ce que vous recherchez, lisez les dialogues qui vous ont le plus marqués, pratiquez-les, et demain sera un autre jour. Sans le travail (de lecture et de pratique), vous direz la même chose le lendemain. Un jour nouveau ne vous apportera pas un nouveau kit d’outils extraordinaires sans avoir au préalable effectué le travail nécessaire. Le fait d’accepter les parties où vous avez le plus besoin d’améliorer dans votre métier vous permet de construire une fondation solide, et non criblée de trous avec vos illusions et fantasmes sur vos habiletés courantes. La leçon de l’impermanence nous enseigne que peu importe ce que nous ressentons, cela va passer. La leçon de l’acceptation, quant à elle, nous permet de trouver la joie à toutes les étapes du processus de la création littéraire.

 

Touches de pierre

 

 

  1. Écrivez une lettre d’amour à vous-même. Vous pouvez l’écrire du point de vue que vous voulez. Vous pourriez même expérimenter différents points de vue. Par exemple, une lettre pourrait provenir de vous à vous-même, une autre de votre conjoint ou conjointe, une autre d’un personnage de votre livre, etc.
  2. Faites une liste de vos forces et faiblesses dans l’écriture. Que pourriez-vous faire pour vous améliorer ? Soyez spécifique avec vos idées. Ne dites pas seulement : « Lire plus. » Trouvez des livres qui se focalisent sur vos faiblesses. Par exemple, si vous ne vous sentez pas très bons dans l’écriture de dialogues, lisez David Mamet ou Alice Walker. Regardez comment ils procèdent pour rendre d’excellents dialogues. Si vous éprouvez de la difficulté dans vos descriptions, lisez A Death in the Family de James Agee ou Lonesome Dove de Larry McMurtry. Si vous pensez que vous devez améliorer la caractérisation de vos personnages, essayez Beloved de Tony Morrisson ou Four Spirit de Sena Jeter Naslund. Élargissez votre expérience.
  3. Tentez l’écriture d’un poème qui vante toutes choses que vous faites bien ou que vous aimez à propos de vous-même. Écartez tout ce qui peut vous freiner. Ne soyez pas effrayé de paraître arrogant. Dites au monde combien merveilleux et magnifique vous êtes ! Et riez !

                

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La patience de l'écrivain - partie 2

Dans mon précédent article, j’ai abordé la patience de l’écrivain quand ce dernier était en processus créatif. Mais qu’en est-il une fois que l’œuvre est achevée et prête à être envoyée ? C’est cet aspect du métier qui est ressorti le plus parmi les réponses de certains écrivains du groupe Le café des écrivains sur Facebook, à qui j’avais préalablement demandé ce qu’ils pensaient de la patience de l’écrivain. 


Voici ce qu’ils ont dit :



« La patience de l'écrivain? La petite sœur jumelle de la persévérance, selon moi. » Claude Lamarche.


« Le processus éditorial, de par sa complexité, est en lui-même une épreuve de patience. Je pense surtout que l'attente est un bon moyen de ramener l'écrivain sur terre, et de l'amener à se surpasser. Si on devait tous écrire des livres et les publier en un claquement de doigts, ce serait beaucoup trop facile de se complaire. J » Keven Girard.


« La patience est une étape, parfois le seul moyen d'aboutir à un résultat. Attendre, c'est laisser le temps peaufiner l'œuvre du destin. » Daniel Laverdure.


« Juste à penser au moment où on a une histoire dans la tête et le moment où cette histoire se retrouve sur les tablettes (si elle s'y retrouve un jour), on comprend tout ! » Maryse Pagé.

 

« le temps de l'auteur n'est pas le temps de l'éditeur. tout est long. écrire, corriger, envoyer, attendre, publier (et mettre des mois entre chaque truc). » Suzanne Roy.


« La patience de l'écrivain, Annie, c'est aussi de travailler très fort sur un manuscrit pendant des mois; de l'envoyer à l'éditeur et d'attendre sa réponse; si elle est positive, de retravailler le manuscrit avec lui pendant de looooongs jours, pour ne pas dire des semaines; de savoir que le livre ne sera pas publié avant une autre année, en raison des délais de production et du calendrier de l'éditeur; de voir le livre enfin publié au bout du compte et d'attendre une autre année avant de recevoir des sous. Ouaip, la patience de l'auteur, c'est de travailler sur un manuscrit en sachant pertinemment que tu ne seras payé que dans deux ans... » Alain M. Bergeron.


« La patience, c'est aussi mettre de côté des idées qui ne seront réellement couchées sur papier que des mois, voire des années plus tard. Faute de temps, faute d'inspiration... ou simplement parce qu'on ne se sent pas tout à fait prêt ou qu'on n'a pas rassemblé assez d'idées pour que tout ça prenne forme. Puis, un jour, on se lance et on se félicite d'avoir été patient! » Geneviève Guilbault.


« Accepter le silence, qui fait aussi partie de l'écriture. Le temps que met l'histoire pour compléter sa gestation. » Marie-Christine Bernard.


« Une qualité essentielle lorsqu'on écrit.  La patience est une règle d'or qu'il nous faut apprendre à gérer rapidement en tant qu'auteur. Écrire un roman est très long, faire les corrections, les relectures également, sans parler du temps d'attente pour une réponse, pour la publication, ainsi que pour le paiement. Finalement, je dirais même que c'est un incontournable... » Sonia Alain.


L’auteure Suzanne Roy nous propose deux sites Internet qui traitent de la patience de l’auteur :




MERCI Suzanne, pour ces liens instructifs.


Et MERCI à tous les auteurs qui ont bien voulu répondre à cette question. C’est très apprécié. J


Pour conclure, je vous laisse avec une citation de Rainer-Maria Rilke.


 « Le temps, ici, n’est pas une mesure. Un an ne compte pas : dix ans ne sont rien. Être artiste, c’est ne pas compter, c’est croître comme l’arbre qui ne presse pas sa sève, qui résiste, confiant, aux grands vents du printemps, sans craindre que l’été puisse ne pas venir. L’été vient. Mais il ne vient que pour ceux qui savent attendre, aussi tranquilles et ouverts que s’ils avaient l’éternité devant eux. Je l’apprends tous les jours au prix de souffrances que je bénis : patience est tout. » Lettres à un jeune poète, page 36.


 

Voilà, tout est dit !

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La patience de l'écrivain - partie 1

Il faut être patient en maudit pour faire ce métier-là ! Si vous aimez les résultats rapides, allez voir ailleurs, car écrire, ça prend du temps.

 

Est-ce qu’une femme enceinte va accoucher le lendemain de la conception ? Hmmm… Pas sûre. Est-ce que le légume, par exemple le navet, est prêt dès que les premières pousses apparaissent ? Non plus. Il en va de même avec les histoires. Il faut laisser mûrir l’œuvre dans son ventre avant de l’écrire, de l’accoucher sur papier ou l’écran. C’est la gestation.

 

« Pourquoi attendre ? Je suis pressée, moi, je veux écrire des livres, les publier, devenir autonome financièrement grâce à la vente de mes livres qui seront traduits en plusieurs langues. Je veux être une grande écrivaine, comme Stephen King ou J.K. Rollings. Vite, vite, vite, je veux écrire tout de suite !  

‒ STOP ! »

 

Écrire une histoire, ça exige de la patience. Pour laisser monter en soi ce qui veut réellement se dire. Car souvent, dans notre hâte de publier, ou d’écrire, on pense avoir trouvé le bon filon, mais quand vient le temps de rédiger les mots, les phrases, ça accroche, ça grince par en dedans, les idées ne coulent pas, un malaise s’installe. On continue pareil, on s’entête. « La date d’échéance arrive, diront certains écrivains (les chanceux dont le manuscrit a été accepté par une maison d’édition), je dois terminer mon roman, ils attendent après moi ! » Plus on écrit dans cette direction, plus ça grince fort. Peut-être que c’est la petite voix en nous qui nous parle : « Ben là ! Y é temps que tu te réveilles ! » Elle sait, elle, qu’on a fait la sourde oreille à la vraie histoire, à celle qui veut réellement se dire, qui veut naître ! Elle sait que nous avons fait preuve d’impatience, qu’on s’est détourné de la vraie voie, de la voix unique de notre livre.

 

D’autres fois, on croit tenir le bon filon, on poursuit l’écriture dans cette voie, puis on se retrouve devant une impasse. Oups ! On rebrousse chemin et l’on choisit une nouvelle direction. « Ouais ! C’est bon, là ! Je le sens ! » On continue d’écrire, poussé(e) par cette nouvelle pulsion créatrice. Ça va un temps, puis oups ! Cul-de-sac ! Encore. On revire de bord et on essaie un autre sentier. Et ainsi de suite. C’est ce qu’on appelle, dans le jargon de l’auteure Marie Clark, l’errance de l’écrivain. On tourne autour de la vraie histoire.

 

*****

 

Marie Clark

Du 27 juillet au 1er août, j’ai suivi l’atelier d’écriture intensive de Marie Clark à Sutton. Ce qu’elle dit sur la période d’exploration (la recherche du contenu) est vraiment bien. Dans cette partie du processus créatif, selon elle, il est important de lâcher-prise, de tenter de voir, de tolérer l’imperfection. On nage dans le flou, le vague. On trace quelques esquisses. On abandonne le jugement, on abolit les contraintes. On se donne la permission d’errer. Marie conseille de toujours suivre son intuition, d’écrire la scène du roman qui nous parle le plus. De faire confiance à ce qui vient.  Quelque chose de plus grand que soi est à l’œuvre à travers nous.

 


*****

 

Chaque histoire est une entité distincte ayant sa propre vie, son propre rythme de croissance, sa propre voix. Certaines jaillissent hors de soi en un éclair. Les grosses pièces du puzzle bien en place, il ne reste plus qu’à peaufiner le tout. Pour celle-là, le temps de gestation était probablement déjà fait. Et pour d’autres, cependant, l’extraction prend beaucoup plus de temps. Le travail est dur, exigeant. L’histoire se dévoile morceau par morceau. La patience est mise à rude épreuve. Le temps d’errance est plus long. Va-t-on enfin en voir le bout ?

 

Actuellement, je me trouve dans cette deuxième catégorie. Mon histoire s’écrit une scène à la fois. D’abord, je la développe (je sors toutes les idées qui me viennent dans la tête, je suis attentive à ce qui veut se dire, à ce qui insiste, j’accueille les idées pêle-mêle. Parfois, j’entends des bribes de dialogue que j’écris sans trop savoir où il va se trouver dans la scène.) À cette étape du processus créatif, je suis en mode extraction, en mode découverte. De ce travail émerge naturellement une structure de base de la scène, que je réécris une ou deux fois ensuite. Et quand je sens que je tiens enfin la bonne structure, je rédige la scène.

 

Pour écrire, il faut être patient. Il faut savoir écouter ce qui se meut sous la surface et le laisser monter en toute liberté, accepter ce qui vient et l’écrire.

 

*****

 

La patience de l’écrivain, c’est aussi être patient envers soi-même. Avoir de l’indulgence, accepter nos faiblesses, accueillir notre chaos intérieur, l’aimer…

 

Le monde intérieur de l’écrivain, c’est-à-dire ses pensées, ses émotions et les diverses réactions de son corps physique, constitue son lieu de travail. C’est un espace sacré. Peu importe l’émotion ressentie ou les pensées qu’il a, ça fait partie du domaine du sacré et c’est réutilisable dans les histoires qu’il écrit. Celui qui écrit est l’écrivain avec tout ce qu’il est : son vécu, ses traumatismes, ses peurs, ses joies, ses rêves, ses passions, ses émotions, ses pensées chaotiques, ses souvenirs, ses désirs, ses défis, ses maladies, ses folies, ses tics, ses dadas, ses envies, ses dénis… C’est par lui que l’histoire passe, donc, celle-ci sera inévitablement teintée de sa conscience. C’est la raison pour laquelle on doit s’aimer et être patient envers soi-même.

 

Avec notre sensibilité, nous, les écrivains, c’est facile de vivre de grandes émotions mélodramatiques qui affectent notre corps et d’être parfois traversés par des vagues dépressives. Si vous avez vécu une enfance difficile, il va s’en dire que votre corps émotionnel a été quelque peu malmené et donc amputé de l’amour dont il avait besoin pour s’épanouir. Ce qui se traduit, actuellement dans votre vie d’adulte, par des périodes de dépressions passagères. Mais ce n'est que ça, des dépressions passagères, telles les vagues de l’océan qui s’échouent sur la plage de vos mondes intérieurs et qui retournent ensuite vers le large. Ça va passer, comme ces moments de doute que nous avons parfois à l’égard de nos écrits.

 

Quand on se trouve à patauger dans l’une de ces vagues, soyons patients : respirons calmement, vivons l’instant présent, regardons le soleil se lever avec des yeux d’enfant, sourions aux passants dans la rue, savourons le goût sucré des fraises fraîches, chantons notre chanson préférée, dansons dans le salon, marchons dans la forêt, émerveillons-nous devant les oiseaux qui chantent la vie, préparons une tarte aux pommes, rendons visite à nos frères et sœurs… 

 

Marie Clark, quant à elle, fait des Haïku. Cette pratique poétique la ramène dans le monde. Cela la décentre d’elle-même pour se centrer hors d’elle. Elle entre dans l’univers. Et ses problèmes disparaissent comme par magie. 

 

Une autre technique pour mieux vivre ces dépressions passagères serait de les incarner dans un personnage imaginaire. De ce fait, on évacue, on se libère, on se détache. On crée une forme de distance d’avec la situation. Ainsi, nous utilisons la création littéraire pour maintenir l’équilibre de notre bateau intérieur afin qu’on puisse continuer de voguer sur cette belle mer créative et d’écrire des histoires pour les autres. Pourquoi la création littéraire ne pourrait-elle pas servir à nous guérir ?

 

La création littéraire est un état d’être, un art de vivre.

 

Et la patience est la première qualité qu’un écrivain devrait acquérir. Car avec elle, il peut écrire de la littérature qui traversera les âges, tout en étant heureux avec lui-même !

 

Êtes-vous un écrivain patient et heureux?

  

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Mon frère Jack

Bonjour !!

 

Voici les dernières nouvelles concernant mes écrits.

 

Désormais, vous pouvez lire sur le blogue Le Chat qui Louche 2 une nouvelle littéraire que j'ai écrite. Elle s'intitule Mon frère Jack. 

 

Si vous avez une liseuse électronique ou une tablette, vous pouvez aussi la télécharger gratuitement sur le site Atramenta

 

Je vous souhaite une très belle lecture.

 

Vos commentaires sont les bienvenus !

 

À bientôt,

 

Annie 

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Me voilà de retour...

De nouvelles couleurs, un nouveau souffle, de nouveaux mots...

Je suis de retour pour vous parler de moi et de ma vie créative littéraire.

 

À très bientôt,

 

Annie xxx...

 

 

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Ce qu'en dit mon writing buddy

Voici une lettre que mon writing buddy, Patrice Cazeault (En passant, vous devez savoir que Les Éditions AdA ont accepté de publier sa série de romans SF ! SUPER BRAVO, PAT !!!!), a écrite sur mon roman La Brûlure d'Adeline. Je lui ai demandé s'il acceptait que je publie son texte, et il a dit oui, à ma grande joie. Merci Pat ! Tu es un ANGE !!!! :-)
Cette lettre m'a remise sur le piton et m'a redonné confiance en moi et en ce que j'écris...
 
Annie!
 
Comme promis, je me remets au boulot :)
 
Voici donc mon appréciation officielle de Adeline Tome 2 (à paraître bientôt chez une maison d'édition chanceuse) :
 
D'abord, au niveau de l'écriture, je ressens une nette amélioration par rapport au premier. Il s'en dégage une assurance, une richesse, une maîtrise. De tout le roman, il n'y a que deux petits passages qui m'ont fait sourciller et je t'en ai fait part dans mon courriel du 17 janvier. Tout le reste coule, glisse et s'enchaîne d'une façon naturelle.
 
Très fluide (Je te l'ai déjà dit, n'est-ce pas? Je ne suis plus sûr. Sûrement dans un courriel). Et énergique. Une plume qui valse facilement de l'action aux dialogues, nous fournissant tous les petits détails dont le lecteur a besoin pour se faire le film. Tes descriptions sont vivantes et justes. Insérées au bon moment, au bon endroit.
 
Pour l'écriture, donc, je n'ai rien à redire!
 
J'ai bien aimé comment tu as structuré ton texte. Tu commences par un mystère. Un quelque chose pour accrocher le lecteur. D'ailleurs, la résonance africaine m'a beaucoup plu. Ça apporte une richesse au récit. Ça ancre. Ça permet au lecteur de puiser dans les images qu'il associe au continent noir. Le danger aurait été de situer l'antagoniste dans un autre continent disparu. Ça passe pour Geunam et son fils, mais ça rend leur imagerie immédiatement plus floue pour le lecteur. Au contraire, avec l'ensorceleuse noire, les gens qui ont fui Mu pour l'Afrique, notre esprit leur associe automatiquement des sons, des couleurs, des odeurs. C'est un aspect du récit qui m'a bien plu!
 
Ensuite, avec le ICI qui prend toute une page et ton LÀ-BAS, j'ai trouvé la séparation intéressante. Juste le ICI tient ton lecteur en haleine. Pour l'instant, le récit se déroule ICI. Ce qui veut nécessairement dire qu'on va se déplacer AILLEURS éventuellement. Quand? Où? Comment? Le lecteur a des pistes, des indices. Inconsciemment, il est sur le qui-vive. C'était fort habile. Un petit truc à garder dans tes manches et à réutiliser à bon escient.
 
Le découpage des chapitres est réussi. Il laisse suffisamment d'espace au lecteur pour respirer. Longueurs variables, adaptées à ce que les scènes ont à offrir.
 
Bon! C'est assez pour la forme! Attaquons-nous au contenu.
 
Il y a du stock dans ce roman, n'est-ce pas? En plus de la vie contemporaine d'Adeline, tu nous plonges dans des dimensions parallèles avec Geunam et son fils (au fait, excellente trouvaille que de baptiser la pierre. De un, Zaloumée c'est très joli et exotique. De deux, ça évite tout un tas de répétition. Ça permet de varier les structures de phrases. De trois, ça ajoute au mystère de l'améthyste.), et en plein cœur de Paris du XIXe siècle. Rajoute à ça une touche de mystère africain avec Shele.
 
De plus, tu nous en dévoiles beaucoup sur le monde d'où viennent Geunam et Pyarus. Ça fait beaucoup. Même qu'à un moment donné, je me suis demandé si ce n'était pas trop. Le début du roman, surtout, peut sembler un tantinet alourdi par tout ça. Mais, par la suite, tout se déroule et on est aspiré dans l'histoire.
 
Beaucoup de détails au début, donc, mais c'est aussi ce qui donne une saveur à ton œuvre. C'est ce qui permet à tout ça de tenir ensemble. Tu nous ouvres une fenêtre sur un monde de ton cru, très riche et intrigant. J'ai beaucoup aimé. Shelene qui quitte Mu pour les colonies, qui fonde sa propre communauté, ses disciples, ses pierres... Ça me donne seulement envie d'en savoir plus! Ces petits bouts de récits sont parfaits. Ils donnent l'impression au lecteur d'un monde qui existe en dehors des pages. La juste dose entre ce qui est expliqué, ce qui est suggéré et ce qui est tu pour laisser au lecteur le soin d'utiliser son imagination.
 
L'introduction de Pyarus : brillant! Pourquoi? Parce que tu offres un contrepoids à Geunam. Quelque chose pour contrebalancer SA vision à lui. Quand j'ai compris le personnage, je t'ai trouvée géniale. Ça crée un conflit (pas dans le sens de bagarre) d'idées. Deux voies au milieu desquelles Adeline zigzague. Pyarus offre une explication. Geunam a la sienne. Zaloumée garde jalousement le secret et Adeline trouve le moyen de se faufiler et de ne pas trancher définitivement sur la nature de ses visions. Vie antérieure ou pas? Équilibriste de haute voltige, ma chère :)
 
(MERCI! Eh oui! T'as vu juste. C'est exactement ce que j'ai voulu faire! Bravo, Pat!)
 
Pour les personnages...
 
Benjamin. Type calme, maladroit, sympathique, attire le regard féminin mais ne s'en rend pas compte. Je dois t'avouer que lorsque j'ai compris qu'il offrirait les billets d'avion à Adeline, j'ai eu peur qu'il ne serve qu'à ça. Mais je me suis ravisé par la suite. C'est l'allié. La force tranquille qui veille sur Adeline. Qui s'inquiète pour elle. Il permet d'agir en contraste. De nous faire voir comment celle-ci se consume malgré elle (comme le Bucentaure), comment Adeline glisse sur une pente dangereuse. C'est à travers lui qu'on comprend que, même si Adeline suit la bonne piste, elle dérape.
 
Par contre, je ne suis pas sûr de saisir la nature de SES visions du Bucentaure.
 
Oh, et il conduit prudemment! Même s'il doit poursuivre une jeune Française un peu « chauffarde ». J'ai trouvé ce détail très réussi! Évidemment, chaque fois qu'on nous sert une poursuite, le conducteur se découvre immanquablement des talents innés pour la course et des réflexes de pilote de formule 1. Mais pas Benjamin. Cliché évité, et ça donne de la consistance au personnage. Bravo!
 
Lydia. Un peu bum. Sans les pressions exercées par sa pierre, je la devine sympathique. Sa fixation pour l'Afrique nous la rend intrigante. Il aurait peut-être été intéressant de savoir qui elle est sans tout ça.
 
 (Ici, j'ai dû enlever un bout de ce que Patrice avait écrit, car il dévoilait le punch!! ;-)
 
Adeline. J'adore. Dans ce tome-ci, elle passe un sacré test. Elle aime tant Jacob que ça peut se révéler dangereux. La brûlure d'Adeline, c'est ça : peut-elle aimer jusqu'à se consumer elle-même, jusqu'à commettre l'irréparable, jusqu'à poser des gestes qu'elle ne se croyait pas capable de poser? Adeline en apprend sur elle-même. Elle progresse. Elle sort grandie de son épreuve.
 
(Exact! Patrice, t'as tout compris!)
 
Et toi, cruelle auteure, tu la prives à nouveau de sa récompense! C'est la deuxième fois que tu l'empêches de vivre son amour. Son parcours amoureux est bien tortueux, pauvre petite :)
 
Dans ce roman-ci, Adeline qui soupçonne, Adeline qui s'obstine, qui s'entête. Adeline qui part en mission. Elle prend plus les devants. Provoque l'action. J'ai beaucoup aimé.
 
Au début, tu nous la présentes en jeune femme maître de ses affaires. Je l'aime beaucoup ainsi : au cégep, en appartement, avec un job. Avec Kippo, animal de compagnie expressif et délicieusement félin (tu vis avec des chats, ça paraît).
 
Au fait, bravo pour la technique qu'utilisent Lydia et Tristan pour séduire leur « âme sœur ». Se déguiser. Se travestir. S'investir dans une passion autre que la sienne. Tricher, donc. Beaucoup plus intéressant que si tout ça n'était « que » magique. Que l'intervention des pierres anciennes.
 
Autre détail : j'ai beaucoup apprécié le journal de Lydia. Je dis qu'on la connaît peu, finalement, mais son journal au moins est très réussi. Elle a une voix bien à elle. Un vocabulaire, une façon de formuler ses phrases. Intéressante façon de nous dévoiler ses vraies intentions.
 
Encore un autre petit détail (on est dans la section « en vrac »!) : Petite mention à prendre avec un gain de sel. C'est moi ou, excepté Lydia (qui se révèle manipulée par des forces obscures), tout le monde sans exception semble bienveillant envers Adeline? La seule qui se révèle parfois de mauvaise humeur dans le livre, c'est elle. Adeline n'a jamais à confronter quiconque qui soit hostile à son égard. Il s'agit simplement d'une observation que je me suis faite à un moment donné. Ce serait intéressant à explorer, à mon avis.
 
Bon!
 
En conclusion donc, la lecture d'Adeline m'a énormément plu (J'espère que tu t'en doutes! Ça doit faire 10 fois que je le répète!). Tu es une excellente écrivaine, Annie. N'en doute jamais. Ce texte est très mature! Je me doute des efforts que tu lui as mis. Ton œuvre s'en dégage. J'y vois un travail acharné sur le style, sur les mots, sur les phrases. J'y décèle aussi ton intuition. Ton émotion. Je sens que les conseils que tu donnes sur ton blogue ne sont pas des paroles lancées en l'air. Suivre l'histoire, écouter ce que les personnages veulent dire, se laisser guider... Il y a ce quelque chose qui passe en toi, qui coule de source.
 
Tu as ce talent, Annie. N'en doute pas. Utilise-le.
 
Ce roman mérite d'être publié. D'être lu.
 
Bonne chance.
 
Un gros MERCI pour la confiance que tu me portes. J'aurais aimé t'amener une liste de trucs concrets à améliorer, mais heureusement (!!), je trouve ton texte génial tel qu'il est en ce moment.
 
Je vais maintenant détruire le manuscrit.
 
Et la prochaine fois que je le lirai, ce sera lorsque je tiendrai le bouquin entre mes mains :)
 
Pat
 
Aujourd'hui, j'ai envoyé le manuscrit à deux autres maisons d'édition. En espérant que cette fois, ça va marcher !!! Croisons les doigts, les jambes, et tout ce qui peut se croiser... ;)
 
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Publication numérique

Voilà, c'est fait ! J'ai une première nouvelle de publiée sur Podlit.fr. Ce sont mes débuts dans l'ère du numérique. On verra où cela va me mener. J'expérimente, et c'est ce qu'il faut pour avancer, non ?

 

Vous pouvez aussi me lire sur Atramenta, un autre site français. J'y ai déposé deux nouvelles, dont l'une qui est en chantier et l'autre qui est aboutie. Puis j'y ai déposé la premiere partie de mon roman La Brûlure d'Adeline.

 

Je vous invite chaleureusement à y faire un tour et à me lire. Et si le coeur vous en dit, à me laisser un commentaire, question de savoir si vous aimez bien ce que j'écris...

 

Merci, et bonne lecture !! :-)

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« D'un seuil à l'autre vers la vérité » ...

... est le titre de la nouvelle littéraire sur laquelle je planche depuis un mois. Dans ce projet, j'ai décidé d'aller au bout de moi-même, pour voir jusqu'où je suis capable de me rendre dans mon écriture. Et ce faisant, j'apprends beaucoup sur ma façon de procéder comme écrivaine. Je m'écoute plus. Je m'arrête quand ça me dit d'arrêter. Et je poursuis lorsque ça commence à être trop intense. Hein !?!  Oui, oui ! C'est le signe que ça devient interressant ! De plus en plus, je le sens, quand ça vit sous mes doigts, quand j'ai touché une veine où coule le sang chaud de mon histoire et que je suis troublée par ce que j'écris.

 

Pour vous donner une idée de mon histoire, voici les deux premières pages :

 

«  Si sa grand-mère la surprenait en train d’explorer cette maison interdite, elle se ferait gronder et subirait tout un châtiment. Peut-être la vieille Murielle la priverait-elle de la sortie du vendredi pour les semaines à venir ? Ou pire, la renverrait-elle chez sa mère, en ville, dans ce lieu maudit qu’elle avait fui ?

 

Depuis une heure, Amandine arpentait le rez-de-chaussée de la vieille maison, celle bâtie près de la falaise surplombant la mer. Celle qui, depuis toujours, la charmait du coin d’une fenêtre à carreaux brisés, d’un sifflement entre deux planches pourries, d’une porte entrebâillée qui chante sur ses gonds sous la brise océane, des immenses haies de cèdres abandonné bordant l’allée de ciment recouverte d’un tapis vert moelleux, vivant.

 

Oui, elle avait enfin osé le pas : traverser le seuil de cette villa. Elle n’en avait pas le droit. « Que je te prenne à entrer là, Didie ! » l’avait morigéné sa grand-mère, deux jours plus tôt, quand elle lui avait demandé à qui appartenait cette maison. «Et tu repars sur le champ en ville ! Compris ? » Son visage était devenu si rouge qu’Amandine avait craint de voir du sang gicler du nez de Murielle. Cette dernière, d’un geste brusque, lui avait tendu un linge de vaisselle pour qu’elle l’aide. Elle l’avait pris en rechignant puis lui avait demandé : « Pourquoi ? » Murielle tenait un gros vase, son préféré, celui avec les roses dorées, et l’essuya minutieusement. « Parce que c’est dangereux, très dangereux ! » avait-elle répondu en plongeant son regard sévère dans le sien. « Tu ne dois pas y aller. C’est tout. » Murielle avait ensuite déposé son vase sur la table et en avait pris un autre, plus petit, en verre bleu, qu’elle avait essuyé avec une grande délicatesse, comme si elle manipulait un précieux trésor. Avec une voix plus chaleureuse, elle avait ajouté : « Je te pris de m’obéir, Amandine, car c’est ta vie dont il est question… » Ses yeux s’étaient adoucis et sa main lui avait ébouriffé les cheveux. Le changement soudain de l’attitude de sa grand-mère l’avait troublée.

 

Amandine s’était mise à se détester, car en aucun moment elle voulait la contrarier. Six ans plus tôt, Murielle l’avait accueillie à bras ouverts quand elle s’était réfugiée chez elle. Elle s’était même rangée de son côté, et non du côté de sa cinglée de mère. Toutes les trois s’étaient entendues qu’Amandine vivrait chez Murielle, le temps que Sarah reprenne sa vie en main… Amandine avait huit ans, à ce moment-là.

 

Mais elle était incapable d’obéissance ! Même à quatorze ans ! Sa grand-mère devait pourtant le savoir depuis le temps ! Plus on lui interdisait de faire quelque chose, plus le désir de faire cette chose la tenaillait jusqu’à ce qu’elle le fasse.

 

Ce matin-là, elle avait profité de l’absence de Murielle pour enfourcher son vélo et se rendre à cette vieille villa construite entre les chênes centenaires, sur le bord de la falaise. Plus que jamais, elle devait découvrir pourquoi cette maison l’attirait tant.

 

Depuis à peine quelques minutes, elle s’aventurait dans la cuisinette. Elle y trouva une table mise pour le repas du soir, recouverte d’une épaisse couche de poussière et de nombreuses toiles d’araignées. Des mouches mortes gisaient dans les assiettes, et d’autres insectes qu’elle ne reconnaissait pas. Au centre, une planche à pain attendait qu’on y dépose une miche chaude, prête à être découpée, sous la garde de trois chandelles consumées.

 

Amandine avait l’impression que les gens habitant ici étaient sur le point de manger quand ils durent, pour une raison ou une autre, quitter brusquement la maison. »

 

J'en suis à écrire la fin, et c'est difficile, car c'est intense, et surtout, je ne veux pas me tromper, je veux écrire les bonnes scènes, celles qui s'imbriquent parfaitement dans l'intrigue. Il me faut être davantage à l'écoute de moi-même... C'est passionnant !

 

Qui a dit qu'écrire était un métier facile ?  

 

Si vous le désirez, laissez-moi un commentaire sur ce début de nouvelle, d'accord ? MERCI !!

 

Annie 

 

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